Au Ghana, le projet de loi controversé visant à restreindre les droits des personnes LGBTQ+ s’est de nouveau imposé au cœur du débat public, après les déclarations du président John Mahama.
Ce dernier a estimé que le texte ne constituait pas une priorité immédiate, déclenchant une vague de réactions contrastées. Si certains responsables religieux et acteurs de la société civile dénoncent cette position, d’autres plaident pour une hiérarchisation des urgences, notamment économiques et sociales.
Des critiques pointent une incohérence entre les engagements de campagne et la posture actuelle du chef de l’État. Raphaël Ahenu Junior accuse notamment le président du Ghana d’avoir instrumentalisé cette question à des fins électorales, avant de revoir sa position une fois au pouvoir, alimentant un sentiment de défiance au sein d’une partie de l’opinion.
Une priorité contestée face aux urgences nationales au Ghana
Fin mars, John Mahama a justifié sa position en appelant à concentrer les efforts sur des secteurs jugés essentiels, tels que l’éducation, la santé ou encore la création d’emplois. Une orientation qui relance un débat déjà profondément polarisé dans le pays.
Le texte, considéré comme particulièrement sévère, prévoit de pénaliser les relations entre personnes de même sexe ainsi que le soutien ou la promotion de ces communautés. Rapidement, les organisations religieuses ont réaffirmé leur attachement à ce qu’elles perçoivent comme des valeurs morales et familiales fondamentales, estimant qu’elles doivent être préservées.
Entre pressions sociales et calculs politiques
Pour une partie de l’opinion, le débat dépasse le cadre législatif et touche aux fondements culturels du pays. La Conférence des évêques catholiques du Ghana a ainsi exprimé son inquiétude, insistant sur le rôle central de la famille dans la stabilité sociale.
À l’inverse, des organisations de défense des droits humains soutiennent la décision présidentielle. Ebenezer Piga souligne que la criminalisation des personnes LGBTQ+ ne répond pas aux défis majeurs du pays, tels que l’exploitation minière illégale, la dégradation de l’environnement ou les insuffisances du système de santé.
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Sur le plan politique, des analystes évoquent un risque de coût électoral pour John Mahama, qui s’était auparavant montré favorable à la promulgation du texte en cas d’adoption parlementaire. À l’approche d’un sommet panafricain consacré aux « valeurs de la famille » prévu à Accra, la question pourrait en outre prendre une dimension internationale.
Enfin, le devenir du projet de loi reste incertain. Bien qu’adopté par l’ancienne législature, il n’a jamais été promulgué. Avec la mise en place d’un nouveau Parlement, le texte devra être réintroduit et examiné à nouveau, dans un contexte où les priorités économiques, comme la stabilisation des exportations pétrolières, pourraient reléguer ce dossier au second plan.

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