La deuxième grande scène du Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo (FEMUA 18) a offert son lot de spectacles mémorables, mais aussi quelques séquences qui ont laissé un sentiment d’inachevé. Parmi elles, les passages de Didi B et de l’artiste gabonais L’Oiseau Rare ont suscité des réserves, non pas sur leur talent intrinsèque, mais sur certaines attitudes ponctuelles peu en phase avec l’exigence d’un festival de cette envergure.
Ni la qualité artistique ni la prestance scénique de ces deux têtes d’affiche ne sont ici remises en cause. Toutefois, plusieurs choix opérés durant leurs shows respectifs auraient pu être évités sur une scène aussi exposée, pensée comme une vitrine internationale pour les musiques urbaines africaines.
L’Oiseau Rare, une énergie mal maîtrisée
Très attendu en tant que représentant du Gabon, pays à l’honneur de cette 18e édition, L’Oiseau Rare n’a pas totalement confirmé sur scène les éloges qui précèdent habituellement son nom. Visiblement porté par l’euphorie du moment, le chanteur a semblé peiner à structurer efficacement sa prestation.
Son passage a été marqué par un rythme irrégulier, alternant récits spontanés sur son passé de « djosseur de naman » et interactions improvisées avec des danseurs recrutés dans le public. Des séquences qui, bien qu’animées, ont considérablement entamé le temps qui lui était imparti.
Contraint ensuite d’accélérer l’interprétation de ses morceaux pour rester dans le timing, l’artiste a donné l’impression d’un spectacle précipité. La scène finale, où il s’est retrouvé presque sur le toit du podium, a achevé de souligner un excès d’enthousiasme peu rassurant pour une prestation censée porter l’image du Gabon devant un public international.
Didi B, un détour peu opportun en plein show du Femua 18
Autre moment fort de cette grande scène : l’entrée de Didi B, chargé de défendre les couleurs du rap ivoirien. Fidèle à sa réputation, le leader de la « Conspiration » a livré un show dense, revisitant plusieurs facettes de sa carrière.
Des morceaux rap hardcore comme « Y’a pas l’argent dedans » ou « Batman », au rappel nostalgique de l’ère Kiff No Beat, jusqu’à ses nouvelles influences Afrobeat, Amapiano et dancehall, l’artiste a su maintenir une forte connexion avec le public.
Mais un détail est venu ternir cette performance globalement réussie : sa prise de parole en réaction au clash lancé par Debordo. Si l’exercice peut trouver sa place dans un direct sur les réseaux sociaux ou lors d’un concert personnel, il apparaissait moins pertinent dans le cadre du FEMUA.
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Devant un public mêlant festivaliers locaux, professionnels du secteur et invités internationaux, ce type d’interpellation donnait à voir une polémique locale là où l’événement appelait plutôt à une démonstration artistique fédératrice. Même si certains y verront un coup de projecteur indirect sur le titre « David Fofana » de Debordo, le moment semblait décalé par rapport à l’esprit du festival.
En définitive, le FEMUA demeure l’une des rares plateformes capables d’ouvrir aux artistes africains une fenêtre crédible sur l’international. Dans un tel contexte, chaque minute de scène devrait être pensée comme un levier de positionnement, à travers des performances mieux calibrées, plus innovantes et entièrement centrées sur l’impact artistique.
