4e mandat d’Alassane Ouattara : quand la victoire devient un monologue politique

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Le président ivoirien, Alassane Ouattara

Proclamé vainqueur d’un quatrième mandat à la tête de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara semble avoir remporté une élection sans véritable adversité, sans tension et sans enthousiasme populaire. Derrière cette victoire officielle, se dessine une réalité incontournable : celle d’un triomphe solitaire, dénué de son essence démocratique.

Ouattara
Le président ivoirien Alassane Ouattara

La Commission Électorale Indépendante a annoncé la « réélection » d’Alassane Ouattara. Sur le papier, il s’agit d’un exploit politique, mais dans les faits, c’est un triomphe sans compétition réelle, livré contre une opposition absente. Cette victoire ressemble davantage à une course contre sa propre ombre qu’à un véritable duel politique.

Le président sortant n’a affronté ni rival crédible ni opposition significative. Des figures majeures de la scène politique ivoirienne, telles que Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam et Pascal Affi N’Guessan, ont été exclues du scrutin. Privée de ses principaux challengers, l’élection s’est déroulée dans un vide démocratique, réduisant la victoire à un monologue politique plutôt qu’à un débat d’idées. Vaincre sans adversaire, c’est perdre l’honneur de la victoire.

Une question essentielle se pose : pourquoi Alassane Ouattara a-t-il évité de confronter ces figures expérimentées et populaires ? Ce refus implicite d’affronter de véritables challengers laisse entrevoir une fragilité politique que le contrôle de l’État ne parvient plus à masquer.

Abstention et désintérêt des électeurs

En écartant ses opposants, le pouvoir a privilégié la prudence du contrôle sur le courage du risque. Cette stratégie, efficace mais prudente, alimente l’impression d’une peur politique : peur de Gbagbo, de Thiam, d’Affi, peur d’une défaite symbolique, peur de la vérité des urnes. En procédant ainsi, Ouattara confirme involontairement que ces personnalités restent ses principaux adversaires aux yeux du peuple.

Quinze ans après la crise de 2010, le président a manqué l’occasion de clore ce chapitre par la voie légitime : un duel démocratique transparent avec Laurent Gbagbo. Cette confrontation aurait permis de trancher définitivement les débats de 2010 sur la victoire et la légitimité. Avec le contrôle du pouvoir et des institutions, les conditions lui étaient pourtant favorables.

En évitant ce face-à-face, Ouattara prive la nation d’un moment historique de vérité et de réconciliation. Sa « victoire » apparaît alors comme un couronnement administratif, mécanique et dépourvu de souffle populaire. La Côte d’Ivoire officielle célèbre un succès, mais la Côte d’Ivoire réelle – dans les foyers, les quartiers, les rues – observe en silence. L’abstention massive, le désintérêt visible des électeurs et les centres de vote désertés témoignent d’un désaveu profond.

Lire aussi : Côte d’Ivoire : la CEI pourrait être dissoute après les législatives

Le vrai revers du quatrième mandat

La majorité des Ivoiriens n’a pas participé à ce scrutin. Par ce silence, le peuple affirme que la légitimité d’un pouvoir ne se fonde pas sur un scrutin solitaire, mais sur une confrontation équitable et la confiance populaire. Ouattara a peut-être été élu, mais uniquement par les militants de son parti, et non par la nation entière. Le 25 octobre 2025, la République a tourné sans son peuple, et le peuple a tourné le dos à sa République.

Sur le plan symbolique, cette situation se compare à un champion qui choisit lui-même ses adversaires parmi les plus faibles pour s’assurer la victoire : un triomphe, certes, mais sans mérite et sans gloire.

En définitive, Ouattara a remporté un mandat supplémentaire, mais sans adversité, sans enthousiasme populaire et sans véritable légitimité démocratique. Cette victoire restera dans l’histoire comme une réussite technique, mais froide, une victoire solitaire qui illustre la difficulté croissante du pouvoir à convaincre et à rassembler.

Le vrai revers de ce quatrième mandat est là : un pouvoir qui s’impose, mais qui ne convainc plus, un président qui gouverne, mais qui ne rassemble plus, une élection remportée, mais dont la légitimité est profondément érodée.

Par Bahi Bernard Junior

Enseignant, syndicaliste, chroniqueur et analyste politique

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