VIH en Côte d’Ivoire : des avancées notables, mais des acquis fragilisés

Longtemps classée parmi les pays les plus affectés par l’épidémie de VIH en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire est aujourd’hui citée comme un exemple de progrès significatifs dans la riposte contre la maladie. Les efforts conjugués de l’État, des partenaires techniques et financiers, ainsi que des organisations communautaires, ont permis une amélioration sensible des indicateurs épidémiologiques, désormais orientés à la baisse.
VIH en Côte d’Ivoire : des avancées notables, mais des acquis fragilisés
VIH en Côte d’Ivoire

VIH en Côte d’Ivoire : Cependant, cette dynamique encourageante demeure vulnérable. La suspension temporaire du financement du Plan d’urgence américain de lutte contre le sida (PEPFAR), principal appui aux activités communautaires, suscite de fortes inquiétudes parmi les acteurs de terrain, qui redoutent un affaiblissement de la prévention et du suivi des patients, avec en toile de fond le risque d’une recrudescence des nouvelles infections.

Une baisse mondiale des nouvelles contaminations

À l’échelle internationale, la tendance est également positive. Selon les dernières données de l’ONUSIDA, les nouvelles infections au VIH ont diminué de 61 % depuis le pic de 1996. En 2024, environ 1,3 million de personnes ont été nouvellement infectées, contre 3,4 millions à la fin des années 1990.

La Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette évolution favorable. « L’infection recule et les nouvelles contaminations diminuent », confirme le Pr Ehui Eboi, coordonnateur du Programme national de lutte contre le sida (PNLS).

Une charge épidémiologique encore concentrée

Les données nationales font état de 406 961 personnes vivant avec le VIH, dont 65 % de femmes adultes, 31 % d’hommes adultes et 4 % d’enfants âgés de 0 à 14 ans. Les districts sanitaires d’Abidjan 1 et 2 concentrent à eux seuls 36 % des cas, tandis que 47 districts regroupent près de 80 % de la charge nationale.

Ces chiffres ont été présentés par M. Abdramane Diabagaté, responsable du suivi-évaluation de la subvention VIH du Fonds mondial, lors de la revue épidémiologique du Plan stratégique national (PSN) 2021-2026, tenue à Yamoussoukro du 16 au 18 décembre 2025.

Suspension du PEPFAR : une alerte pour les acteurs communautaires

Si les autorités sanitaires et la communauté internationale saluent les progrès réalisés, la suspension pour trois mois du financement du PEPFAR, décidée fin janvier 2025 par le président américain Donald Trump, a ravivé les craintes d’un recul.

« Les financements ont repris, mais de façon partielle et ciblée. Les activités de prévention communautaire ne se déroulent plus comme auparavant », explique le Dr Blé Olivier, directeur exécutif du Réseau ivoirien des organisations de personnes vivant avec le VIH/sida (RIP+).

Selon lui, cette interruption a fortement perturbé les organisations communautaires, qui jouent un rôle central dans la prévention, le soutien psychosocial et l’accompagnement thérapeutique.

Des impacts immédiats sur le terrain

Les effets de cette suspension se sont rapidement fait sentir. « Certaines ONG ont cessé leurs activités et des agents de santé communautaires ont été contraints d’arrêter leur travail », souligne le Dr Blé Olivier, évoquant un climat d’incertitude et de stress accru pour les bénéficiaires.

La mesure a également eu des répercussions indirectes sur les financements européens, notamment ceux du Fonds mondial, les États-Unis étant l’un de ses principaux bailleurs. Or, plus de 90 % des organisations communautaires ivoiriennes dépendent de financements extérieurs.

À Solidarité Plus, ONG engagée dans la lutte contre le VIH, le président Coulibaly Yaya confirme la baisse des ressources : « Notre budget mensuel de 10 millions de FCFA a été réduit. Pour les six prochains mois, nous fonctionnerons avec seulement 60 % de notre budget habituel. »

VIH
Test de VIH

Un risque réel de reprise des infections

Le ralentissement des activités communautaires a notamment affecté le suivi assuré par les Community Lead Management (CLM), essentiels pour l’observance thérapeutique après la délivrance des médicaments.

« La réduction des financements limite fortement le dépistage. Le suivi des populations s’affaiblit, avec le risque d’un nouveau pic de la séroprévalence et des nouvelles infections », alerte M. Coulibaly.

Le Dr Blé Olivier abonde dans le même sens : « Quand les actions de prévention s’arrêtent, le risque de flambée des nouvelles contaminations devient réel. »

Dans la région du Gôh, les responsables communautaires dénoncent l’arrêt des projets de proximité. « Les personnes vivant avec le VIH ne bénéficient plus de conseils ni d’accompagnement, et la stigmatisation refait surface », regrettent-ils, évoquant également la situation préoccupante des orphelins et enfants vulnérables.

Le Pr Ehui Eboi souligne enfin que les jeunes âgés de 15 à 24 ans, encore insuffisamment sensibilisés, figurent désormais parmi les groupes les plus exposés.

Lire aussi : Carte électorale « orange » : une lecture à nuancer

Des traitements toujours disponibles

Malgré ces difficultés, les autorités sanitaires se veulent rassurantes sur la disponibilité des antirétroviraux.

« La mise sous traitement et le renouvellement des ARV sont assurés. Les médicaments restent disponibles et gratuits dans tous les centres de santé du pays », assure le Dr Blé Olivier.

Un constat confirmé par le PNLS et les acteurs communautaires. « L’État ivoirien a pris les dispositions nécessaires pour garantir l’accès aux traitements et aux bilans biologiques », précise le directeur exécutif du RIP+.

Tous s’accordent toutefois sur un point : sans un financement durable des activités communautaires, la lutte contre le VIH en Côte d’Ivoire pourrait perdre l’un de ses leviers essentiels.

Avec Europe24.fr

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