Côte d’Ivoire : après la présidentielle, un climat politique entre stabilité affichée et bataille pour les règles du jeu

Près d’un an après la présidentielle d’octobre 2025, la Côte d’Ivoire présente un paradoxe politique. Le pouvoir d’Alassane Ouattara dispose d’une assise institutionnelle considérable et le pays ne traverse pas de crise ouverte, mais les fractures de la dernière présidentielle restent présentes. Désormais, la principale bataille se déplace vers la réforme du système électoral, tandis que l’opposition cherche encore la formule capable de transformer son mécontentement en véritable rapport de force.
Côte d’Ivoire : quel est le climat politique en octobre 2026 ?
Le président ivoirien, Alassane Ouattara, à Paris, lors du Sommet de la Francophonie, le 5 octobre 2024. LUDOVIC MARIN / VIA REUTERS

À première vue, le paysage politique ivoirien paraît stabilisé. La séquence électorale de 2025 est terminée, le RHDP contrôle largement les institutions et les affrontements politiques qui avaient précédé la présidentielle ont laissé place à une période moins explosive.

Mais cette accalmie ne signifie pas que les désaccords ont disparu.

La Côte d’Ivoire est plutôt entrée dans une phase de recomposition. Le pouvoir cherche à consolider la stabilité et à préparer la suite du cycle politique. L’opposition, elle, tente de reconstruire un rapport de force après une présidentielle dont ses deux principales figures, Tidjane Thiam et Laurent Gbagbo, avaient été écartées.

Un RHDP en position de force

Le premier élément du paysage actuel est incontestable : le RHDP domine très largement les institutions.

Alassane Ouattara a été réélu lors de la présidentielle du 25 octobre 2025 avec 89,77 % des suffrages exprimés, selon les résultats définitifs proclamés par le Conseil constitutionnel. La participation s’est établie à 50,10 %.

Quelques semaines plus tard, les législatives ont renforcé cette domination. Le RHDP a remporté 197 des 255 sièges de l’Assemblée nationale. Le PDCI-RDA a obtenu 32 sièges, tandis que 23 sont revenus à des candidats indépendants et un au FPI.

Le pouvoir dispose donc d’une marge de manœuvre considérable.

Cette domination politique s’accompagne d’un autre argument régulièrement mis en avant par le camp présidentiel : la stabilité économique et les transformations des infrastructures du pays. Cette combinaison — contrôle institutionnel, croissance et stabilité — reste l’un des principaux atouts du RHDP.

Mais cette puissance comporte aussi une faiblesse : elle accentue le déséquilibre avec l’opposition et nourrit les interrogations sur la qualité du pluralisme politique.

Les blessures de 2025 ne sont pas refermées

La présidentielle reste en arrière-plan de la situation actuelle.

L’exclusion de Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA, et de l’ancien chef de l’État Laurent Gbagbo, dirigeant du PPA-CI, avait profondément tendu le climat avant le scrutin.

Les manifestations organisées par l’opposition avaient donné lieu à des arrestations massives. Amnesty International rapporte que le Conseil national de sécurité faisait état, en novembre 2025, de 1 658 arrestations depuis le 11 octobre et de onze morts, dont un gendarme, dans le contexte des manifestations. L’organisation a également dénoncé des restrictions de l’espace civique et des procédures judiciaires qu’elle considère contraires aux normes d’un procès équitable.

Ces événements continuent nécessairement de peser sur la confiance entre pouvoir et opposition.

Le gouvernement défendait alors la nécessité de préserver l’ordre public. Ses adversaires dénonçaient au contraire une fermeture de l’espace politique.

C’est précisément cette question de la confiance qui se retrouve aujourd’hui au cœur d’un nouveau dossier : celui de l’organisation des prochaines élections.

La réforme électorale devient la nouvelle bataille politique

Le tournant majeur de 2026 est intervenu le 6 mai, lorsque le gouvernement a annoncé la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI).

Le gouvernement a lui-même reconnu les « réserves » et critiques formulées à l’égard de l’institution à l’issue du dernier cycle électoral. Un nouveau mécanisme doit désormais lui succéder.

Cette décision est politiquement importante.

Pendant des années, la composition et l’indépendance de la CEI ont été parmi les principaux sujets de discorde de la vie politique ivoirienne. Sa disparition crée donc une occasion de rebâtir une partie de la confiance institutionnelle, mais elle ouvre également une bataille sur la forme que prendra son remplacement.

Le gouvernement a engagé des consultations avec les partis politiques et la société civile. Le Premier ministre Robert Beugré Mambé affirme vouloir mettre en place un système renforçant « la transparence, l’impartialité et la confiance » dans les élections.

L’opposition reconnaît l’importance de l’ouverture, tout en réclamant des garanties supplémentaires.

Et depuis quelques semaines, quelque chose évolue dans ses rangs.

L’opposition tente de retrouver une unité

C’est peut-être le développement politique le plus intéressant de cette rentrée 2026.

Le 3 octobre, plusieurs formations et plateformes d’opposition se sont retrouvées au siège du PPA-CI à Cocody-Bonoumin. Le PPA-CI, la Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-CI), l’ADCI d’Assalé Tiémoko ainsi que le groupement défendant le projet de Haut Conseil électoral ont adopté une proposition commune sur le futur organe électoral.

C’est loin d’être anodin.

Depuis plusieurs années, l’une des principales faiblesses de l’opposition ivoirienne réside dans sa fragmentation. Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam, Simone Gbagbo, Pascal Affi N’Guessan, Charles Blé Goudé, Assalé Tiémoko et d’autres personnalités disposent de trajectoires, de stratégies et parfois d’intérêts différents.

Le défi n’est donc pas simplement de critiquer le RHDP. Il consiste à construire une position commune suffisamment durable pour peser face au pouvoir.

Sur la réforme électorale, un début de convergence apparaît.

Mais le PDCI-RDA occupe une position particulière. Le parti de Tidjane Thiam participe aux discussions sur la réforme et a reçu plusieurs composantes de l’opposition en septembre, mais son positionnement suscite aussi des interrogations quant à son degré d’intégration dans une stratégie commune.

C’est l’une des inconnues des prochains mois.

Derrière Ouattara, la question de la succession

Un autre sujet plane au-dessus de la politique ivoirienne : l’après-Ouattara.

Le chef de l’État a été réélu en 2025 et dispose donc d’un nouveau mandat. Mais la question de sa succession reste politiquement structurante.

Reuters soulignait déjà au moment de la présidentielle l’incertitude entourant l’identité d’un successeur au sein du camp présidentiel, malgré la domination du RHDP.

Cette question peut devenir progressivement plus importante que l’affrontement classique entre majorité et opposition.

Qui pourra un jour fédérer le RHDP après Alassane Ouattara ? Comment seront arbitrées les ambitions internes ? Le parti restera-t-il aussi solide lorsque la question de la succession deviendra concrète ?

Pour l’instant, la discipline du pouvoir masque ces interrogations. Mais elles existent.

Une stabilité réelle, mais une confiance politique encore fragile

Le climat politique ivoirien d’octobre 2026 n’est donc ni celui d’une crise ouverte ni celui d’une réconciliation achevée.

Le RHDP est dominant. L’opposition reste fragmentée mais tente de reconstruire des passerelles. Le traumatisme politique de la présidentielle de 2025 n’a pas complètement disparu et la réforme de l’organe électoral devient le principal test de la volonté de décrispation.

C’est probablement là que se jouera une partie de la prochaine étape politique.

Si pouvoir et opposition parviennent à construire des règles électorales suffisamment consensuelles, la Côte d’Ivoire pourrait sortir progressivement de cette mécanique dans laquelle chaque grande échéance électorale réactive les soupçons et les tensions.

À l’inverse, une réforme perçue comme imposée par le camp présidentiel risquerait de déplacer les mêmes contestations vers le prochain scrutin.

La question centrale n’est donc plus seulement de savoir qui domine la politique ivoirienne. Sur ce point, le rapport de force est clair et favorable au RHDP.

L’enjeu est désormais de savoir si cette domination peut cohabiter avec un espace politique suffisamment ouvert pour permettre une compétition crédible, une opposition capable de s’organiser et, à plus long terme, une transition du pouvoir qui ne replonge pas le pays dans les tensions électorales qui ont marqué son histoire récente.

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