Depuis plusieurs heures, des publications virales et des vidéos d’influenceurs affirment que le capitaine Ibrahim Traoré aurait envoyé une délégation en Côte d’Ivoire pour « demander de l’argent » afin de faire face à des difficultés financières au Burkina Faso. Une interprétation largement relayée sur les réseaux sociaux, mais qui ne correspond pas à la réalité de l’opération en cours.
Tout est parti d’une vidéo publiée par l’influenceur Makosso Camille, intitulée : « INCROYABLE MAIS VRAI !! IBRAHIM TRAORÉ DEMANDE L’ARGENT À LA CÔTE D’IVOIRE ». Relayée auprès de ses millions d’abonnés, la publication a rapidement suscité des milliers de réactions, commentaires et partages.
Dans la foulée, plusieurs internautes ivoiriens ont accusé les autorités burkinabè de vouloir récupérer l’argent gagné en Côte d’Ivoire par leurs ressortissants afin de financer le fonctionnement de l’État ou de compenser des difficultés économiques internes.
Une opération financière encadrée par la BRVM
S’il est exact qu’une mission technique venue du Burkina Faso est actuellement en tournée dans plusieurs villes ivoiriennes, notamment Abidjan, San Pedro et Bouaké, cette délégation n’est pas en mission de « quête financière » auprès de l’État ivoirien.
Conduite par des responsables diplomatiques burkinabè et des experts financiers, cette campagne s’inscrit dans le cadre d’un « Diaspora Bond », un mécanisme d’emprunt obligataire destiné à mobiliser l’épargne des Burkinabè vivant à l’étranger, mais aussi de tout investisseur intéressé.
Concrètement, l’État burkinabè propose aux souscripteurs de lui prêter de l’argent sur une durée de 5 à 7 ans, avec des taux d’intérêt annuels compris entre 6,75 % et 6,85 %. Il ne s’agit donc ni d’un don, ni d’une aide gratuite.
L’opération est par ailleurs encadrée par la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières, institution financière commune aux pays membres de l’UEMOA, dont la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso.
Un mécanisme déjà utilisé ailleurs en Afrique
Le « Diaspora Bond » n’est pas une nouveauté propre au Burkina Faso. Plusieurs pays africains, notamment le Sénégal et le Nigeria, ont déjà eu recours à ce type de financement afin d’impliquer leur diaspora dans le développement national.
L’objectif affiché par Ouagadougou est de mobiliser 125 milliards de francs CFA pour financer des projets de développement.
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En réalité, présenter cette initiative comme une demande d’aide adressée à la Côte d’Ivoire constitue donc un raccourci trompeur. Ce ne sont pas les autorités ivoiriennes qui sont sollicitées, mais des investisseurs volontaires, principalement issus de la diaspora burkinabè. Et contrairement aux affirmations relayées sur les réseaux sociaux, les fonds investis doivent être remboursés avec intérêts, sous garantie de l’État burkinabè.
L’idée selon laquelle cette mission traduirait une faillite économique ou une « quête » relève davantage de la polémique politique et des interprétations virales que des faits financiers eux-mêmes.

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