Les relations entre la Côte d’Ivoire et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) traversent une période de fortes turbulences. Depuis la création de cette alliance réunissant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, Abidjan est régulièrement mise en cause dans les discours officiels de leurs dirigeants.
Ces accusations, qui portent principalement sur des questions sécuritaires, suscitent toutefois de nombreuses interrogations. À ce jour, plusieurs d’entre elles n’ont pas été accompagnées d’éléments de preuve rendus publics.
Des accusations récurrentes contre la Côte d’Ivoire
À l’occasion du troisième anniversaire de son arrivée au pouvoir, le général Abdourahamane Tiani a une nouvelle fois affirmé que des combattants étrangers, parmi lesquels des instructeurs ukrainiens, formeraient des mercenaires dans une forêt située en Côte d’Ivoire afin de préparer des attaques contre les États de l’AES.
Le chef de l’État nigérien a notamment évoqué une forêt baptisée « Yelli ». Or, aucune forêt officiellement identifiée en Côte d’Ivoire ne porte cette appellation, ce qui soulève des interrogations sur l’exactitude de cette affirmation.
Le président nigérien est également revenu sur l’affaire d’un avion-cargo militaire qui aurait été forcé d’atterrir au Burkina Faso. Selon sa version, l’appareil transportait plusieurs centaines de milliards de francs CFA destinés au financement de groupes terroristes opérant au Mali, au Burkina Faso et au Niger, avant une livraison finale en Côte d’Ivoire.
Cette déclaration interroge sur plusieurs points. D’un côté, un vol reliant Abuja à Abidjan emprunte habituellement un itinéraire passant par le Bénin, le Togo et le Ghana. Un passage par le Burkina Faso constituerait un détour important qui n’a pas été expliqué publiquement.
De l’autre, le Nigeria utilise le naira comme monnaie nationale. L’hypothèse d’un transport de plusieurs centaines de milliards de francs CFA depuis ce pays vers la Côte d’Ivoire reste donc sans explication officielle complémentaire.
Des versions qui soulèvent des incohérences
Les autorités nigériennes soutiennent également que des groupes terroristes seraient entraînés sur le territoire ivoirien avant de revenir mener des attaques dans la région des trois frontières.
Cette thèse soulève une question stratégique. Les principales opérations des groupes jihadistes se concentrent justement dans cette zone frontalière entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Si des renseignements permettaient d’identifier d’éventuelles bases en Côte d’Ivoire, leur capacité à traverser plusieurs frontières sur de longues distances sans être interceptés demeure une interrogation souvent soulevée par les observateurs.
Ce n’est pas la première fois que certaines déclarations officielles sont confrontées à des versions différentes. Après l’attaque de la base militaire de l’aéroport de Niamey en janvier dernier, le général Tiani avait affirmé que les assaillants étaient arrivés directement d’Abidjan à bord d’un vol d’Air Côte d’Ivoire.
Quelques jours plus tard, les conclusions présentées par les autorités judiciaires nigériennes indiquaient que les suspects auraient rejoint Niamey depuis la région des trois frontières à bord d’un véhicule appartenant à une compagnie minière. Cette divergence a relancé le débat sur la cohérence des premières déclarations.
Une rhétorique qui pèse sur les relations diplomatiques
Le Burkina Faso adopte également un discours critique envers Abidjan. Le capitaine Ibrahim Traoré accuse régulièrement la Côte d’Ivoire de soutenir indirectement des groupes terroristes et de servir les intérêts de la France dans la sous-région.
Plus récemment, ses propos autour du « village de Bamboula » ont suscité une vive réaction en Côte d’Ivoire. Cette polémique intervient alors que les deux pays restent étroitement liés par leur histoire, leurs échanges humains et la présence d’une importante communauté burkinabè sur le territoire ivoirien.
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Les rapports entre Abidjan et Bamako ont eux aussi connu une grave détérioration après l’arrestation, en 2022, de 49 militaires ivoiriens déployés dans le cadre d’un contrat de soutien logistique à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). Leur détention pendant plusieurs mois avait provoqué une importante crise diplomatique avant leur libération.
Au-delà de ces épisodes, plusieurs observateurs estiment que la désignation d’un adversaire extérieur peut constituer un outil de mobilisation de l’opinion publique dans des contextes marqués par l’insécurité et les difficultés économiques.
