Chaque année, les routes ivoiriennes continuent d’endeuiller de nombreuses familles. Selon le ministère des Transports, près de 1 500 personnes perdent la vie chaque année dans des accidents de la circulation. Le dernier drame en date s’est produit le 13 juillet 2026, près de Touba, dans le nord-ouest du pays, faisant 24 morts et 36 blessés. Une tragédie qui ravive le débat sur les causes profondes de ces accidents, malgré les campagnes de sensibilisation et le renforcement des mesures de contrôle.
Vétusté du parc automobile, pannes mécaniques, état des infrastructures routières… Les facteurs à l’origine des accidents sont nombreux. Mais après chaque catastrophe, la responsabilité des conducteurs est souvent pointée du doigt. Pour plusieurs acteurs du secteur, cette analyse reste toutefois incomplète : les conditions de travail des chauffeurs doivent également être prises en compte.
Des chauffeurs soumis à une forte pression économique
Pour François Koné, président de l’Association pour la défense des droits des chauffeurs, la fatigue et la pression financière jouent un rôle majeur dans les accidents. Il estime que les contraintes imposées aux conducteurs les poussent parfois à multiplier les trajets au détriment de leur sécurité.
« En Côte d’Ivoire, le code de la route nous dit que la journée de travail d’un conducteur, c’est de faire 400 kilomètres. Mais un chauffeur qui va décoller d’ici [Abidjan, NDLR] jusqu’à Odienné [située à environ 800 kilomètres au nord-ouest, NDLR], ça fait deux jours de travail sinon plus », explique-t-il.
Selon lui, certains conducteurs enchaînent les rotations pour améliorer leurs revenus, souvent insuffisants. « Pour le chauffeur qui, en une journée, fait plusieurs tours pour avoir des suppléments sur son salaire, l’accident est vite arrivé. Et comme il n’a pas un bon salaire, il est obligé de faire plusieurs tours », déplore-t-il.
Formation des conducteurs et contrôle : des réformes jugées indispensables
D’après l’Office national de la sécurité routière (OSER), plus de 90 % des accidents seraient liés au facteur humain. Pour Adama Touré, président de la Coordination des gares routières de Côte d’Ivoire, cette situation révèle les limites du système actuel de formation des conducteurs.
Il appelle à l’organisation des états généraux du transport routier et à une réforme en profondeur de l’accès au permis de conduire. « La plupart des gens acquièrent le permis en donnant de l’argent », affirme-t-il, plaidant pour une meilleure maîtrise du code de la route et un renforcement de la formation.
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Selon lui, la question de l’alphabétisation doit également être prise en compte : « Le code de la route est fait en français. Nous pensons qu’il faut rapidement revenir à la base et permettre aux gens de savoir lire et écrire avant d’être détenteurs [d’un permis]. Et même ceux qui sont déjà détenteurs de permis, qu’on les recycle ».
Face à la multiplication des accidents, les autorités misent sur plusieurs dispositifs : généralisation de la vidéo-verbalisation, suspension ou retrait définitif du permis pour les conducteurs responsables d’accidents graves ou d’infractions répétées, ainsi que des contrôles inopinés dans les centres de visite technique. Des mesures qui devront encore démontrer leur efficacité pour inverser durablement la courbe des accidents sur les routes ivoiriennes.
