Au cours de l’audience consacrée à l’affaire KDS, la présidente du tribunal a mis au centre des débats la question de la solidité du modèle économique présenté par le directeur général de l’entreprise. Interrogé par son avocat sur sa formation, le prévenu a indiqué être titulaire d’un master en économie moderne obtenu à l’Institut des hautes études de Casablanca, au Maroc.
Il a ensuite exposé le fonctionnement de KDS, qu’il a structuré en deux types d’offres. Les offres dites intermédiaires exigent une souscription comprise entre un et trois millions de FCFA, suivie d’une période de carence de deux à trois mois, après laquelle les investisseurs perçoivent un retour sur investissement. Selon lui, les véhicules acquis avec ces fonds sont exploités pour générer des revenus, avant de revenir au souscripteur au terme de la période prévue. Les offres non-intermédiaires, quant à elles, reposent uniquement sur le versement de retours sur investissement aux souscripteurs.
La présidente du tribunal a toutefois exprimé des réserves, comparant le système évoqué à celui de l’agrobusiness. Le prévenu a rejeté cette analogie, estimant que les véhicules “produisent des richesses”, avant de se voir répliquer que les plantations agricoles en produisent également. Le tribunal a insisté sur la nécessité d’une explication claire, estimant que “tel que présenté, le modèle n’est pas compris”.
L’affaire a été renvoyée au 1er juillet 2026 afin de permettre un approfondissement des explications du prévenu, ainsi que la poursuite des débats, réquisitions et plaidoiries.
Affaire KDS : des chiffres contestés et des tensions autour des souscriptions
Les échanges ont également porté sur le nombre de souscripteurs et les flux financiers de l’entreprise. À une question d’un avocat de la partie civile, le prévenu a affirmé qu’en janvier 2023, KDS comptait environ 3 700 souscripteurs. Il a également indiqué que l’entreprise versait régulièrement des retours sur investissement, avec un minimum mensuel estimé à 125 000 FCFA.
Interrogé sur les besoins financiers mensuels nécessaires pour honorer ces engagements, il a évoqué un montant d’environ 800 millions de FCFA, en lien avec l’exploitation de 1 089 véhicules (taxis, cars et bennes), générant selon lui 1,6 milliard de FCFA de recettes.
Lire aussi : Gestion du cacao : bras de fer entre le ministère de l’Agriculture et le CCC
Cependant, plusieurs éléments ont été contestés au cours des débats. Le prévenu a soutenu qu’aucun retard de paiement n’était enregistré en janvier 2023, affirmant que les difficultés ont commencé après l’intervention d’un comité de veille du ministère de l’Économie et des Finances, qui aurait demandé la suspension des souscriptions et le remboursement des capitaux.
Cette version a été nuancée par des interventions de souscripteurs présents à l’audience, affirmant avoir constaté des retards dès mars 2023. Pour le parquet, ces éléments justifient l’intervention du comité de veille intervenue en avril 2023.
Les avocats de la partie civile ont également projeté des vidéos de la campagne de communication de KDS, mettant en avant le soutien institutionnel revendiqué par l’entreprise, notamment dans le cadre du renouvellement du parc automobile. La défense a évoqué la remise de véhicules à la jeunesse dans le cadre de partenariats publics, tandis que la partie civile estime que cette proximité aurait contribué à rassurer et mobiliser de nombreux souscripteurs.
Enfin, le témoignage d’un souscripteur a illustré les difficultés rencontrées : après plusieurs versements et promesses de paiement, il affirme n’avoir plus reçu de rente malgré des engagements de régularisation annoncés par la direction de KDS.
