En Côte d’Ivoire, l’« or brun » traverse une période de fortes turbulences. Après avoir atteint des niveaux record sur les marchés internationaux, le cacao a connu un retournement brutal, plongeant les producteurs dans l’incertitude.
Entre 2024 et le début de 2025, la tonne de cacao a franchi le seuil symbolique des 10 000 dollars à New York. Profitant de cette dynamique, les autorités ivoiriennes avaient fixé un prix bord champ record de 2 800 FCFA le kilogramme pour la campagne 2025/2026. Mais dès février 2026, les cours ont chuté autour de 3 500 dollars la tonne, effaçant plus de la moitié de leur valeur en quelques semaines.
« En matière de produits agricoles de rente, les phases de hausse ne sont jamais durables », rappellent Denis Seudieu et Fulgence Messan. Une volatilité qui fragilise directement les revenus attendus des producteurs.
Le mécanisme de stabilisation du CCC face à ses limites
Au cœur des tensions figure le dispositif de stabilisation piloté par le Conseil Café-Cacao (CCC). Conçu pour protéger les planteurs, il repose sur un principe de prix garanti : les excédents générés lors des périodes de hausse doivent servir de réserve en cas de baisse des cours.
Mais selon les deux économistes, une partie de ces ressources aurait été réorientée vers d’autres projets agricoles, réduisant ainsi la capacité d’amortissement du système. Dans ces conditions, la chute actuelle des prix met en évidence des marges de manœuvre de plus en plus limitées.
Les auteurs alertent sur un risque majeur : voir les producteurs devenir la principale variable d’ajustement de la régulation de la filière.
Vers une réforme structurelle de la filière cacao
Pour sortir de cette instabilité récurrente, Denis Seudieu et Fulgence Messan plaident pour une refonte en profondeur du modèle actuel. Leur proposition centrale consiste à renforcer les coopératives afin de rapprocher les producteurs des marchés internationaux.
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L’objectif serait de transformer ces structures en acteurs économiques plus autonomes, capables de négocier directement avec les acheteurs, à l’image de certains modèles observés au Brésil. Une évolution qui permettrait aux planteurs de mieux anticiper les signaux du marché et de réduire leur dépendance à l’intervention publique.
En filigrane, un constat s’impose : sans réforme structurelle et sans montée en compétence des acteurs locaux, la filière cacao ivoirienne restera exposée aux chocs des marchés mondiaux.

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