Depuis son départ du Cameroun le 7 juin pour un séjour présenté comme « court » et « privé » en Europe, Paul Biya n’a plus donné d’indication officielle sur la date de son retour. Une absence qui s’étire désormais sur 45 jours et qui alimente les interrogations sur l’état de santé du chef de l’État et sur l’exercice effectif du pouvoir.
À 93 ans, le président camerounais, au pouvoir depuis 1982, continue officiellement d’assurer ses fonctions. Depuis son lieu d’hospitalisation en Europe, il gérerait les affaires courantes et veillerait à la continuité de l’État. Les canaux officiels de la présidence continuent d’ailleurs de relayer des messages attribués à Paul Biya, notamment des correspondances adressées à des dirigeants étrangers comme Emmanuel Macron ou le président du Monténégro.
Mais aucune communication n’a, à ce jour, apporté de précisions sur sa situation médicale ou sur les raisons de cette absence prolongée. Le silence des autorités nourrit les spéculations et suscite des inquiétudes au sein de l’opinion publique. La question d’une éventuelle vacance du pouvoir commence ainsi à être posée dans le débat national.
Face aux interrogations grandissantes, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, a convoqué mercredi une « importante séance de travail » réunissant ses principaux responsables. Si l’ordre du jour n’a pas été dévoilé, cette rencontre apparaît comme une réponse aux nombreuses questions entourant l’absence du chef de l’État.
Dans un éditorial publié le 15 juillet dans L’Action, le directeur de la propagande du RDPC, Christophe Mien Zok, a tenté de rassurer les militants et l’opinion publique. « Le pouvoir n’est pas vacant » et « le Lion n’est pas parti », a-t-il affirmé, rejetant les analyses évoquant un pays dirigé en « pilotage automatique ». Une déclaration qui n’a toutefois pas suffi à dissiper les doutes.
Vacance du pouvoir, cadre juridique et succession de Paul Biya : les débats s’intensifient
L’absence prolongée de Paul Biya a également ravivé les appels à des clarifications institutionnelles. Le député Jean-Michel Nintcheu a demandé au Conseil constitutionnel de constater une vacance de la présidence, estimant que la durée de l’absence du chef de l’État justifie une intervention des institutions compétentes.
De son côté, l’Union démocratique du Cameroun (UDC) adopte une position plus prudente. Le parti affirme ne pas vouloir spéculer sur la situation personnelle de Paul Biya, mais estime que le fonctionnement de l’État ne peut reposer sur le silence et les incertitudes. Dans un communiqué publié le 18 juillet, l’UDC rappelle qu’une absence prolongée hors du territoire national ne constitue pas automatiquement une vacance du pouvoir. Elle juge néanmoins nécessaire de s’interroger sur les mécanismes prévus en cas d’empêchement temporaire du président.
Le droit camerounais ne fixe aucune durée maximale d’absence du chef de l’État hors du pays. Aucun texte ne précise non plus à partir de quel moment le Conseil constitutionnel devrait être saisi pour constater une éventuelle vacance. Une zone grise juridique qui prend aujourd’hui une dimension politique majeure.
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L’UDC souligne également que le poste de vice-président, réintroduit lors de la révision constitutionnelle adoptée en avril, demeure vacant faute de nomination. Une situation qui alimente les interrogations sur la capacité des institutions à fonctionner en cas d’empêchement prolongé du président.
Au-delà de la question institutionnelle, l’absence de Paul Biya relance un autre débat longtemps resté tabou : celui de la succession. Après plus de quatre décennies au pouvoir, le président camerounais n’a jamais officiellement désigné de successeur. Le RDPC se retrouve ainsi confronté à une problématique qu’il a longtemps évitée.
Alors que le séjour européen entamé le 7 juin devient l’absence la plus longue de Paul Biya depuis son accession à la présidence, l’incertitude demeure. Entre exigences de transparence, questions constitutionnelles et enjeux de succession, le Cameroun fait face à une situation inédite qui met à l’épreuve ses institutions.
