L’Observatoire du Barreau de Côte d’Ivoire pour les droits humains et la lutte contre la corruption est monté au créneau après les opérations de démolition menées le 3 juin 2026 dans le quartier Campement, à Koumassi. Dans une déclaration conjointe signée par Me Florence Loan-Messan, bâtonnier de l’Ordre des avocats, et Me Drissa Traoré, président de l’Observatoire, l’organisation dénonce une série d’irrégularités ayant entouré cette opération qui a laissé des centaines de familles sans abri.
Ce jour-là, des pelleteuses et bulldozers, accompagnés des forces de l’ordre, ont procédé à la destruction de nombreuses habitations, commerces et lieux de culte. Pour justifier cette intervention, Alloui Brou Jacques, ancien adjoint au maire de Koumassi et principal initiateur revendiqué de l’opération, s’est appuyé sur le jugement contradictoire n°462 rendu le 14 avril 2025 dans un litige l’opposant à Gana Ousmane et neuf autres personnes.
Selon l’Observatoire du Barreau, cette décision judiciaire ne pouvait en aucun cas servir de fondement à une opération d’une telle ampleur. Le tribunal ne s’était prononcé que sur la situation de six personnes précisément identifiées, alors que les démolitions ont concerné près de dix hectares, soit environ 100 000 mètres carrés. De nombreuses familles, qui n’étaient ni parties à la procédure ni entendues par la justice, ont ainsi vu leurs biens détruits sans avoir eu la possibilité de faire valoir leurs droits.
L’organisation rappelle également que l’action judiciaire avait été déclarée irrecevable à l’encontre de trois personnes faute d’éléments d’identification suffisants. Elle souligne par ailleurs que le procureur de la République a confirmé, dans un communiqué daté du 10 juin 2026, qu’aucune décision de justice n’autorisait ces destructions massives.
A Koumassi, le Barreau appelle à élargir l’enquête et ouvre une assistance aux victimes
Au-delà du cadre juridique contesté de l’opération, l’Observatoire s’interroge sur les conditions de son exécution, notamment la présence importante des forces de sécurité sur les lieux. Selon les informations recueillies et les déclarations du parquet, aucune réquisition n’aurait été adressée aux forces de l’ordre et le ministère public n’aurait pas été informé de l’intervention.
Face à ces éléments, le Barreau estime que les responsabilités ne sauraient se limiter à la seule personne d’Alloui Brou Jacques. Les signataires du communiqué demandent que l’enquête remonte l’ensemble de la chaîne de décision et d’exécution afin d’identifier d’éventuelles complicités ayant permis la réalisation de cette opération.
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L’Observatoire considère également que ces démolitions constituent une violation manifeste de l’article 15 de la Constitution ivoirienne, qui protège le droit de propriété et prévoit qu’aucune privation de ce droit ne peut intervenir sans motif d’utilité publique ni indemnisation préalable et équitable.
Saisi de l’affaire, le procureur de la République a ordonné la recherche et l’interpellation immédiate d’Alloui Brou Jacques, actuellement en fuite. Tout en saluant l’ouverture de cette procédure, le Barreau souhaite que les investigations se poursuivent à tous les niveaux et que leur évolution soit régulièrement portée à la connaissance du public.
Dans le même esprit, l’Ordre des avocats a annoncé l’ouverture d’une permanence gratuite d’assistance juridique à partir du 19 juin 2026 à la Maison de l’Avocat, à Cocody-II Plateaux. Des avocats bénévoles y accueilleront les sinistrés afin de les accompagner dans leurs démarches et les recours envisageables pour faire valoir leurs droits.
