Inflation dans l’UEMOA : la stabilité régionale masque la sévère déflation du Niger

En mars 2026, l’inflation de l’UEMOA revient légèrement en territoire positif à 0,1 %, mais le Niger et la Guinée-Bissau restent confrontés à une forte déflation.
Inflation dans l'UEMOA : la stabilité régionale masque la sévère déflation du Niger
L'Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA)

Les données de mars 2026 publiées par Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest montrent une Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) globalement stable sur le front des prix, mais traversée par des dynamiques nationales fortement contrastées. Le taux d’inflation régional est ressorti à 0,1 % en glissement annuel, après une légère baisse de 0,1 % en février, marquant un retour modéré en territoire positif.

Cette évolution s’explique principalement par le ralentissement de la baisse des prix alimentaires, en recul de 1,3 % en mars contre 2,1 % le mois précédent. Les prix du transport, jusque-là orientés à la baisse, se sont également stabilisés à 0 %. L’inflation sous-jacente, hors produits frais et énergie, a toutefois ralenti à 1,1 %, soit 0,2 point de moins qu’en février. Des niveaux qui demeurent largement inférieurs à la norme communautaire fixée à 3 %.

Au sein de l’Union, les écarts restent marqués. La Côte d’Ivoire enregistre le taux d’inflation le plus élevé à 2 %, devant le Togo (1,6 %) et le Sénégal (1,4 %). Le Burkina Faso et le Mali affichent des niveaux plus contenus, respectivement à 0,4 % et 0,7 %. À l’inverse, le Niger et la Guinée-Bissau demeurent les deux seuls États de l’Union en situation de déflation.

Inflation dans l’UEMOA : le Niger plongé dans une déflation persistante

Le Niger continue d’afficher la situation la plus préoccupante de la zone, avec une chute des prix de 9,8 % en mars 2026, après des contractions de 10,2 % en janvier et 10,1 % en février. Cette déflation sévère, observée depuis décembre 2025, reflète une demande intérieure fortement dégradée dans un contexte de ralentissement des échanges commerciaux et de perturbation des circuits d’approvisionnement.

Depuis le coup d’État de juillet 2023, les autorités nigériennes maintiennent fermée la frontière terrestre avec le Bénin, principal corridor logistique du pays avant la crise. Près de 80 % du fret destiné au Niger transitait auparavant par cet axe. Les opérateurs économiques ont dû se tourner vers le port de Lomé, au Togo, via des routes traversant l’est du Burkina Faso, une zone régulièrement confrontée aux attaques jihadistes.

La mise en service, fin 2025, d’une méga-raffinerie développée avec le groupe canadien Zimar a contribué à réduire la dépendance du pays aux importations de produits pétroliers. Mais selon plusieurs analystes, l’essentiel de la déflation résulte davantage d’un effondrement de la consommation intérieure que d’une baisse structurelle des coûts de production.

La Guinée-Bissau reste également en territoire négatif, avec une déflation de 4,3 % en mars contre 3,5 % en février. La BCEAO n’a toutefois pas détaillé les facteurs expliquant cette dégradation dans le plus petit État de l’Union.

Des tensions sectorielles encore limitées

À l’échelle régionale, les boissons alcoolisées et le logement apparaissent comme les principaux moteurs inflationnistes, avec des hausses de prix de 2,4 % en mars. Les services de communication sont restés quasiment stables à 0,5 %, tandis que les dépenses de santé ont reculé de 0,5 %, limitant la progression globale des prix.

Lire aussi : Liberté de la presse : la Côte d’Ivoire progresse de dix places au classement mondial 2026 de RSF

L’évolution des prix alimentaires demeure néanmoins l’élément déterminant pour les ménages de l’Union. Le ralentissement de leur baisse a directement soutenu le retour de l’inflation en zone positive. Cette tendance pourrait se renforcer dans les prochains mois, notamment si la hausse des importations de riz et de céréales observée dans plusieurs pays membres, dont le Sénégal à l’approche de la saison agricole, finit par exercer des pressions sur les prix de détail.

La prochaine publication régionale de la BCEAO, attendue en juin, sera particulièrement scrutée afin de déterminer si le rebond de mars marque le début d’une reprise durable de l’inflation ou simplement une correction temporaire.

S’abonner
Notification pour
guest
1 Commentaire
Le plus populaire
Le plus récent Le plus ancien
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
trackback
BTS 2026 en Côte d'Ivoire : tout savoir sur le retrait des attestations d’admission | AFFAIRAGE.CI
mai 11, 2026 11:25 pm

[…] Lire aussi : Inflation dans l’UEMOA : la stabilité régionale masque la sévère déflation du Niger […]

L'INFO EN CONTINU

Médiation de l’Assurance : plus de 2 milliards FCFA obtenus pour les assurés en Côte d’Ivoire

À Abidjan, le Médiateur de l’Assurance Ernest Assamoi A. annonce avoir permis le paiement de plus de 2 milliards FCFA aux assurés depuis 2019 et appelle à accélérer les indemnisations....

Crise du cacao en Côte d’Ivoire : Siaka Diakité écarté de la gestion des stocks invendus

Accusé de manque de transparence dans la gestion des stocks de cacao, Siaka Diakité est écarté au profit du Conseil du Café-Cacao, sur fond de tensions croissantes dans la filière...

Le Trésor public ivoirien lève 66 milliards FCFA sur le marché régional

Le Trésor public ivoirien a levé 66 milliards FCFA lors d’une adjudication sursouscrite le 21 avril 2026, portant à 2 169 milliards FCFA le total des fonds mobilisés depuis janvier,...

Marché UMOA : forte demande pour la dette ivoirienne, 193 milliards FCFA proposés

Le Trésor ivoirien a levé 110 milliards FCFA le 7 avril 2026, avec des offres atteignant 193 milliards, confirmant la forte confiance des investisseurs sur le marché malgré des risques...

Alassane Ouattara et l’UEMOA discutent des défis de l’intégration régionale

Le président ivoirien Alassane Ouattara a reçu Abdoulaye Diop pour échanger sur l’état d’avancement de l’UEMOA, ses perspectives économiques et les enjeux d’intégration régionale dans un contexte mondial incertain....

Stabilisation du prix du cacao : l’État ivoirien mobilise 231 milliards FCFA

La Côte d’Ivoire mobilise 231 milliards FCFA pour maintenir le prix du cacao à 1 200 FCFA/kg et soutenir les producteurs face à la baisse des cours internationaux....

Contacter la rédaction

Le service rédaction d’Affairage.ci est un espace dédié aux lectrices et lecteurs souhaitant transmettre une information, une réaction ou un témoignage à la rédaction.
Notre équipe journalistique traite directement ces messages, avec le plus grand soin, dans le respect de la confidentialité et de l’anonymat des sources.

Nous vous invitons à utiliser ce formulaire uniquement pour les sujets éditoriaux, les suggestions d’articles ou le partage d’informations d’intérêt public.
Chaque demande est étudiée par un membre de la rédaction avant toute prise de contact.

1
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x