Intervention française au Bénin : tensions entre Paris, Abidjan et l’opposition ivoirienne

Le soutien militaire apporté par la France au Bénin depuis Abidjan ravive en Côte d’Ivoire les critiques souverainistes du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), fondé par l’ancien président Laurent Gbagbo. Le parti y voit la confirmation d’une présence militaire française toujours active, malgré les annonces officielles de retrait.
Katinan
Justin Koné Katinan

Réactions politiques après la tentative de coup d’État au Bénin

La tentative de coup d’État récemment déjouée au Bénin et l’appui militaire fourni par Paris aux autorités de Cotonou continuent de susciter de vives réactions en Afrique de l’Ouest. En Côte d’Ivoire, le PPA-CI a particulièrement dénoncé l’engagement de forces spéciales françaises parties d’Abidjan pour soutenir l’armée béninoise.

Le PPA-CI dénonce une présence militaire « toujours effective »

S’exprimant jeudi lors de La Tribune du PPA-CI, le président du Conseil stratégique et politique du parti, Justin Koné Katinan, a estimé que cette opération prouvait que « l’armée française est là » et « n’est pas partie ». Une affirmation qui contraste avec la rétrocession annoncée de la base du 43ᵉ BIMA de Port-Bouët aux Forces armées de Côte d’Ivoire en janvier 2025.

« Si elle est intervenue, c’est bien qu’elle n’est pas partie », a-t-il déclaré, tout en appelant à dépasser le simple débat sur la présence militaire pour interroger les rapports de force géopolitiques qui structurent le continent africain.

Une lecture géopolitique des événements

Pour le responsable du PPA-CI, les événements survenus au Bénin s’inscrivent dans un contexte africain marqué par une « instrumentalisation des institutions » et un recul des exigences démocratiques, souvent justifiés au nom de la stabilité politique et sécuritaire.

Bénin
Koné Katinan

Une reconfiguration militaire, pas un désengagement

L’ancien ministre du Budget sous Laurent Gbagbo a également estimé que la reconfiguration du dispositif militaire français en Afrique ne traduisait pas un véritable désengagement, mais plutôt une adaptation aux nouvelles réalités géopolitiques mondiales. « La France interviendra partout pour défendre ses intérêts, tout comme les États-Unis », a-t-il soutenu, appelant les États africains à définir et défendre leurs propres priorités stratégiques. « Rien ne s’obtient dans la soumission », a-t-il martelé.

Une controverse politique en France

En France, l’intervention au Bénin fait aussi l’objet de critiques. Le groupe parlementaire La France insoumise (LFI) accuse le gouvernement d’avoir engagé des forces spéciales sans information préalable du Parlement, dénonçant une violation de la Constitution. Les députés insoumis exigent que le Premier ministre et le ministre des Armées s’expliquent devant l’Assemblée nationale sur le cadre juridique et les objectifs de l’opération.

Lire aussi : Adjamé-Williamsville : la tombe de Nadiya Sabeh profanée, un homme interpellé

Paris défend un soutien limité et encadré

Les autorités françaises assurent, de leur côté, que l’appui apporté au Bénin s’est strictement limité à des missions de surveillance, d’observation et de soutien logistique, menées à la demande des autorités béninoises et dans le cadre des efforts régionaux de la Cédéao. Paris insiste sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une opération de combat, mais d’un soutien ponctuel inscrit dans un partenariat militaire ancien avec Cotonou.

Silence des autorités ivoiriennes

À ce stade, les autorités ivoiriennes ne se sont pas encore exprimées sur cette affaire.

Avec Europe24.fr

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