Dans un témoignage exclusif livré à l’émission Yeelen Football Show, l’international ivoirien Jonathan Kodjia revient sur un épisode méconnu de sa trajectoire : les contacts précoces du Bénin, qui auraient pu l’amener à représenter un autre pays que la Côte d’Ivoire. Une histoire d’identité, de nom, et de foi en son destin.
L’histoire aurait pu être tout autre. L’attaquant Jonathan Kodjia, aujourd’hui connu pour avoir défendu les couleurs de la Côte d’Ivoire à plusieurs reprises, a bien failli évoluer sous un autre drapeau. Ce n’est ni une anecdote folklorique, ni une rumeur de couloir : l’ancien joueur de Caen a lui-même raconté les dessous de cette méprise lors d’un entretien accordé à Yeelen Football Show.

Jonathan Kodjia avec des racines Béninoises ?
Tout commence lorsque le jeune attaquant, encore loin des projecteurs internationaux, reçoit une approche inattendue : celle de la Fédération béninoise de football. À cette époque, le Bénin cherchait à renforcer ses rangs avec de jeunes talents binationaux. Et Kodjia figurait sur leur radar. « D’après ce que j’ai compris, mon nom (Kodjia) est aussi porté par une ethnie au Bénin », explique le joueur. Ce détail sème alors le doute chez le sélectionneur béninois de l’époque, persuadé que Jonathan Kodjia avait des racines béninoises. Accosté alors qu’il évoluait encore à Caen, Kodjia se retrouve face à une énigme identitaire.
Une quête personnelle d’identité
Pris au dépourvu, le jeune Kodjia se tourne vers sa famille. Mais la réponse n’est pas immédiate : « À l’époque, mon père lui-même n’avait pas connu son propre père », raconte-t-il avec franchise. Le doute s’installe. Et si cette proposition béninoise révélait une part méconnue de son héritage ?
Kodjia prend donc son téléphone et interroge son père. La réponse est claire, et déterminante : « Il m’a rassuré en me disant que non, je n’avais pas d’origines béninoises. Il m’a parlé de notre village, de nos racines, et m’a confirmé que j’étais un pur-sang ivoirien. »

Une décision mûrie et assumée
Soulagé, mais désormais éclairé, Kodjia prend la décision de décliner la proposition. Il rappelle alors les responsables béninois pour leur expliquer la situation. Leur réponse, étonnamment souple, aurait pu changer la donne. « Le coach m’a dit que ce n’était pas grave, qu’ils pouvaient me faire un passeport béninois », se souvient-il. Mais Jonathan refuse.
Ce refus n’est pas une question de papiers ni de stratégie sportive. C’est un choix d’identité, mais aussi de conviction : « J’ai refusé parce que je croyais qu’un jour je serais appelé en sélection nationale ivoirienne.»
À cette époque, rien ne garantit pourtant un avenir international à Kodjia. Mais l’espoir, enraciné dans une foi inébranlable, finit par porter ses fruits. L’attaquant finira par enfiler le maillot orange des Éléphants, participant notamment à la CAN 2017 et se forgeant une carrière internationale respectable.
Entre choix personnel et géopolitique du football
L’histoire de Jonathan Kodjia n’est pas unique dans le monde du football, où les parcours binationaux sont fréquents et où la course aux talents s’intensifie. Mais elle soulève des questions profondes sur les processus de sélection, les liens identitaires et le rôle des fédérations dans le respect des trajectoires personnelles.
Kodjia, lui, aura suivi son cœur et son histoire. Un chemin peut-être plus long, mais aligné avec ses racines. « Je suis un pur-sang ivoirien », affirme-t-il avec fierté. Et c’est avec ce sang-là qu’il a écrit ses plus belles pages internationales.
Par Mohamed KONATÉ avec Sidick Sana
