Le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP) de Charles Blé Goudé est à son tour intervenu dans la polémique opposant le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, à l’ancien président Laurent Gbagbo. Dans une déclaration publiée le 22 juillet, le parti invite le ministre à adopter un ton plus mesuré et rappelle que l’ancien chef de l’État a été définitivement acquitté par la Cour pénale internationale (CPI).
Cette sortie intervient dans le prolongement d’une vive controverse née après un meeting du RHDP organisé le week-end dernier à Yopougon-Koweït. Devant les militants de son parti, Amadou Coulibaly avait vivement critiqué Laurent Gbagbo à la suite de la présentation de son « Pacte social ».
Le ministre l’avait qualifié de « champion des concepts creux et vaseux » et de « spécialiste de l’enfumage », estimant qu’il n’était pas fondé à évoquer un pacte social. Il lui avait également imputé les violences de la crise postélectorale de 2010-2011, évoquant des rédactions de journaux incendiées, des journalistes tués, des viols et des assassinats. « Il peut décider d’être amnésique, mais nous, nous sommes des contemporains. (…) Il faut arrêter de travestir l’histoire », avait-il lancé, avant d’opposer le projet de Laurent Gbagbo au bilan du président Alassane Ouattara.
Ces déclarations avaient aussitôt suscité une riposte du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI). Dans un communiqué publié le 21 juillet, la formation de Laurent Gbagbo avait dénoncé des propos « méprisants, injurieux et incompatibles avec la retenue et la hauteur attendues d’un ministre de la République ». Le parti avait également reproché au porte-parole du gouvernement de présenter son président comme un criminel, en dépit de son acquittement définitif par la CPI le 31 mars 2021, après une première décision rendue en janvier 2019.
Interrogé mercredi à l’issue du Conseil des ministres sur cette réaction, Amadou Coulibaly n’a pas infléchi sa position. « Amadou Coulibaly est 100 % RHDP, 100 % porte-parole du gouvernement et, en tant que militant, peut répondre au militant d’un parti, fût-il le président », a-t-il déclaré.
Blé Goudé : le COJEP plaide pour une parole de rassemblement
C’est dans ce contexte que le COJEP a décidé de sortir de sa réserve. Sans reprendre les critiques formulées par le PPA-CI, le parti de Charles Blé Goudé estime que « la responsabilité particulière qui incombe au porte-parole du Gouvernement commande une parole mesurée, rassembleuse et tournée vers l’avenir ».
« Notre pays continue de porter les cicatrices de cette crise qui a profondément éprouvé les populations. C’est pourquoi il apparaît essentiel que les interventions des responsables publics contribuent prioritairement à consolider la cohésion sociale et à préserver les acquis du processus de réconciliation », souligne le communiqué.
Le COJEP rappelle par ailleurs que l’acquittement définitif de Laurent Gbagbo par la Cour pénale internationale « fait désormais partie des éléments qui structurent le traitement institutionnel de cette période de notre histoire » et estime que cette décision de justice doit être respectée dans le débat public.
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Un soutien qui dépasse les divergences entre Gbagbo et Blé Goudé
Cette prise de position est d’autant plus remarquée qu’elle intervient dans un contexte de relations distendues entre Charles Blé Goudé et Laurent Gbagbo. Depuis leur retour en Côte d’Ivoire, les deux anciens alliés ont emprunté des trajectoires politiques distinctes. Le président du COJEP a choisi de préserver l’autonomie de son parti plutôt que de rejoindre le PPA-CI, alimentant une relation marquée par la distance et une certaine méfiance.
Malgré ces divergences, les deux formations continuent de converger sur plusieurs dossiers majeurs, notamment la réforme du système électoral et la contestation de leur exclusion des listes électorales. En prenant publiquement position dans cette controverse, le COJEP réaffirme ainsi sa proximité avec les revendications portées par le camp de Laurent Gbagbo sur les questions de justice et de réconciliation nationale.
