La presse malienne tente de resserrer les rangs face à l’incarcération de plusieurs de ses membres. Réunie jeudi 11 juin en assemblée générale d’information, la Maison de la presse du Mali a appelé les journalistes à privilégier les démarches concertées et le dialogue institutionnel pour obtenir la libération de trois confrères détenus.
La situation concerne d’abord Chahana Takiou, directeur de publication du journal 22 Septembre, placé sous mandat de dépôt lundi 8 juin. Il est poursuivi pour des faits présumés d’“atteinte au crédit de l’État” à travers l’institution judiciaire, après avoir critiqué l’application de la loi sur la cybercriminalité.
Le lendemain, mardi 9 juin, Abdramane Keïta, directeur de publication du journal Le Témoin, a lui aussi été placé sous mandat de dépôt. Il est poursuivi notamment pour un présumé délit à caractère régionaliste et pour atteinte à l’unité nationale. Ses propos concernaient la situation à Kidal, ville du nord du Mali tombée fin avril sous le contrôle du Jnim, groupe lié à al-Qaïda, avec ses alliés indépendantistes du FLA.
La Maison de la presse appelle à la coordination
Selon RFI, la Maison de la presse, qui rassemble les principales associations de journalistes du pays, a choisi de privilégier les “échanges institutionnels” et les “démarches concertées” avec les autorités. Son président, Bandiougou Danté, a présenté la libération des journalistes détenus comme une priorité pour l’organisation.
L’institution appelle aussi les professionnels des médias à éviter les initiatives dispersées ou non coordonnées. Les avocats souhaitant intervenir dans la défense des journalistes incarcérés sont invités à se rapprocher de la Maison de la presse afin d’harmoniser les actions.
Cette ligne se veut prudente dans un contexte politique et sécuritaire tendu. Les autorités maliennes de transition, au pouvoir depuis les coups d’État de 2020 et 2021, sont régulièrement accusées par des organisations de défense des droits de restreindre l’espace civique et médiatique.
La Maison de la presse affirme vouloir maintenir un climat propice au dialogue avec les autorités, tout en défendant le droit des journalistes à exercer leur métier. Certaines voix de la profession, citées par RFI, disent cependant souhaiter une stratégie plus ferme face aux incarcérations.
Trois journalistes au centre des inquiétudes
Chahana Takiou et Abdramane Keïta doivent être jugés dans les prochaines semaines. Selon RFI, le premier est attendu devant la justice fin juillet, le second mi-août.
Un troisième journaliste, Youssouf Sissoko, est également cité par la Maison de la presse. Il est détenu depuis plus de quatre mois et condamné à deux ans de prison ferme pour un article mettant en doute des propos du président nigérien Abdourahamane Tiani. Le Niger est, avec le Mali et le Burkina Faso, membre de l’Alliance des États du Sahel.
Les proches des journalistes assurent que les conditions de détention de Chahana Takiou et d’Abdramane Keïta restent supportables. Un proche de Chahana Takiou s’est toutefois inquiété de son état de santé fragile, tout en indiquant qu’il pouvait recevoir des visites.
Un climat difficile pour les médias au Mali
Ces arrestations interviennent dans un contexte de pression accrue sur les médias au Mali. Depuis plusieurs années, les autorités ont suspendu ou interdit plusieurs médias étrangers, dont RFI, France 24 et TV5 Monde. Le magazine Jeune Afrique a également été interdit de diffusion dans le pays en 2025.
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La loi sur la cybercriminalité est au cœur des critiques. Human Rights Watch estime qu’elle est utilisée pour poursuivre des journalistes ou des voix critiques en dehors du cadre protecteur prévu par le droit de la presse. Reporters sans frontières affirme de son côté que les récentes arrestations illustrent l’insécurité dans laquelle travaillent les professionnels des médias maliens.
Le Mali est confronté depuis plus d’une décennie à une crise sécuritaire majeure, marquée par les violences jihadistes, les tensions communautaires et l’instabilité politique. Dans ce contexte, les informations sur les pertes territoriales, les attaques ou la situation militaire font souvent l’objet d’une forte sensibilité de la part des autorités.
Les organisations professionnelles disent poursuivre leurs démarches pour obtenir la libération des journalistes incarcérés. La Maison de la presse demande à la profession de rester mobilisée, mais dans un cadre coordonné, en attendant les prochaines étapes judiciaires.
