Nady Bamba, épouse de l’ancien président Laurent Gbagbo et militante du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire, a tranché sans ambiguïté dans une tribune publiée le 4 mai : selon elle, la gauche ivoirienne ne saurait être pensée comme un courant politique pluriel, car elle trouve son unique incarnation en la personne de Laurent Gbagbo. Une position qui vient refroidir les appels récurrents de certains segments de l’opposition en faveur d’une « union de la gauche » en prélude aux prochaines batailles électorales.
Dans ce texte signé par celle qui se décrit comme « citoyenne ivoirienne, ex-journaliste, militante de base du PPA-CI, gbagboiste assumée », Nady Bamba remet en cause la pertinence même du clivage gauche-droite dans le paysage politique national. Pour elle, les catégories idéologiques importées ne résistent pas à la réalité ivoirienne, structurée davantage autour de figures historiques et de trajectoires politiques. « Celui qui incarne le socialisme, donc la gauche, c’est le président Laurent Gbagbo », affirme-t-elle, allant jusqu’à fusionner l’homme et le courant : « Laurent Gbagbo, c’est la gauche ivoirienne. »
Pour étayer son propos, elle convoque la réflexion de Chimamanda Ngozi Adichie sur le « danger d’une histoire unique », soutenant qu’en Côte d’Ivoire, la compréhension du champ politique ne peut se faire à travers des concepts abstraits mais par référence à des personnalités fondatrices. Elle oppose ainsi la trajectoire de Laurent Gbagbo à celle de Félix Houphouët-Boigny, présenté comme l’incarnation d’une tradition libérale.
Cette sortie vise directement les formations et leaders qui militent depuis plusieurs mois pour une recomposition de la gauche ivoirienne. Nady Bamba y voit « un déni de vérité » destiné, selon elle, à « masquer la réalité ». Elle souligne qu’en dehors du ministre Bamba Moriféré et de son groupe politique, la plupart des acteurs qui se revendiquent aujourd’hui de la gauche sont d’anciens compagnons du magistère Gbagbo entre 2000 et 2011, certains continuant de se réclamer d’un héritage qu’ils auraient contribué à bâtir, d’autres cherchant à s’en éloigner tout en revendiquant une part de son récit.
Une prise de position qui consolide le rôle politique croissant de Nady Bamba
Au-delà de son contenu doctrinal, cette tribune confirme l’affirmation progressive de Nady Bamba comme voix influente au sein du PPA-CI. Mariée à Laurent Gbagbo depuis 2001 selon les rites coutumiers malinké et musulman, puis civilement en 2024 à Abidjan, l’ancienne journaliste occupe désormais une place de plus en plus visible dans l’appareil du parti, où certains cadres la surnomment déjà « la tour de contrôle ».
Fondatrice du groupe de communication Cyclone, elle avait amorcé sa véritable entrée publique en mars dernier avec le lancement de l’organisation Action agir pour les libertés et la publication de son ouvrage Se lever, se relever, s’élever. Depuis, plusieurs observateurs la présentent comme l’un des visages montants du dispositif gbagboïste, voire comme une figure de recours dans un contexte où Laurent Gbagbo demeure fragilisé politiquement.
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Le PPA-CI, créé en octobre 2021 après la rupture entre Laurent Gbagbo et Pascal Affi N’Guessan sur le contrôle du Front populaire ivoirien, revendique un ancrage panafricaniste et socialiste. Dans un contexte post-présidentiel marqué par la réélection de Alassane Ouattara pour un quatrième mandat et par les tentatives de rapprochement entre forces d’opposition, cette tribune apparaît comme un message de fermeté.
La récente rentrée politique du mouvement Aujourd’hui et Demain, la Côte d’Ivoire de Tiémoko Antoine Assalé, qui a réuni à Tiassalé plusieurs composantes de l’opposition dont le PPA-CI, le PDCI, le COJEP et le FPI, nourrissait en effet l’idée d’une convergence plus structurée.
En posant Laurent Gbagbo comme passage obligé de toute réflexion sur la gauche ivoirienne, Nady Bamba envoie ainsi un signal clair : le PPA-CI entend participer aux dynamiques de regroupement sans dilution doctrinale ni effacement de son leadership historique. Une manière de fixer, dès maintenant, les lignes rouges des futures alliances en vue des prochaines échéances locales et législatives.

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