Après plusieurs années de forte croissance, l’industrie européenne des batteries pour voitures électriques traverse une période compliquée. La demande stagne, les coûts de production restent élevés et la concurrence chinoise devient de plus en plus écrasante. Dans ce contexte, plusieurs projets industriels, pourtant présentés comme stratégiques pour l’avenir de l’automobile en Europe, se retrouvent ralentis ou stoppés.

Symbole de ces difficultés, le constructeur suédois Northvolt, partenaire de Volvo et de Volkswagen, a annoncé la suppression de 600 postes. L’entreprise a aussi suspendu le développement de son usine géante de Skelleftea, dans le nord de la Suède. Northvolt, qui emploie plus de 6 000 personnes, explique qu’il est difficile d’augmenter ses capacités de production dans un marché qui ne croît plus aussi vite que prévu.
Une série d’abandons en Europe
Northvolt n’est pas un cas isolé. En janvier 2023, la société britannique Britishvolt a fait faillite avant même d’avoir pu produire une seule batterie, faute de financements suffisants. Quelques mois plus tard, début 2024, le fabricant chinois Svolt a également abandonné un projet de nouvelle usine en Allemagne, invoquant des oppositions locales et surtout la perte d’une commande majeure.
Même les acteurs européens les plus solides sont touchés. En France, ACC (Automotive Cells Company), soutenue par TotalEnergies, Stellantis et Mercedes, avait inauguré une première usine de batteries en 2023. Mais dès février 2024, TotalEnergies a décidé de ralentir ses investissements dans ce secteur jugé risqué. Conséquence directe : ACC a mis en pause la construction de deux futures usines, l’une en Italie et l’autre en Allemagne. Ces annonces témoignent d’un climat d’incertitude qui plane désormais sur tout le secteur.
La domination chinoise inquiète
Cette vague de ralentissements fragilise les ambitions européennes de bâtir une filière solide et indépendante. La Chine occupe déjà une place dominante dans la production mondiale de batteries, de l’extraction des matières premières à l’assemblage final. Grâce à ses coûts de fabrication plus faibles et à une organisation industrielle très intégrée, elle propose des batteries bien moins chères que celles produites en Europe.
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Selon une étude du groupe Transport & Environment, plus de la moitié des projets européens de batteries prévus d’ici 2030 risquent d’être retardés, réduits, voire totalement annulés. Pour Diane Strauss, membre de ce groupe de réflexion, l’Europe doit se poser une question cruciale : veut-elle une industrie locale capable de soutenir sa transition énergétique, ou préfère-t-elle dépendre de pays tiers comme la Chine ? Les enjeux sont considérables, car il s’agit non seulement d’investissements colossaux, mais aussi de milliers d’emplois.
Appel à une réponse européenne
Face à cette situation, plusieurs experts demandent une réaction rapide et coordonnée des gouvernements européens. Pour Apostolos Petropoulos, spécialiste à l’Agence internationale de l’énergie, les projets de grandes usines de batteries – souvent appelées gigafactories – ne pourront se concrétiser que si la demande en voitures électriques continue d’augmenter fortement. Sans un marché dynamique, ces investissements resteront trop lourds à supporter.
Transport & Environment appelle aussi à l’adoption de politiques publiques favorisant la production locale et garantissant des normes strictes de durabilité. Ces mesures permettraient de protéger les fabricants européens, tout en encourageant une industrie plus respectueuse de l’environnement. L’avenir de la voiture électrique en Europe dépendra donc autant de choix politiques que de décisions économiques.
