Malgré les campagnes de sensibilisation et la connaissance des risques sanitaires, le tabac continue de gagner du terrain chez une partie de la jeunesse. Chez les adolescents, l’initiation à la cigarette dépasse souvent le simple choix individuel. Elle s’inscrit dans un contexte d’influence sociale, de recherche d’identité et de mimétisme au sein des groupes de pairs.
G. Eric, la vingtaine, déscolarisé et aujourd’hui gérant d’un parking à Cocody Angré 7e Tranche, illustre ce glissement. Cigarette à la main, il reconnaît ne s’en être presque jamais séparé depuis près de six ans. Il raconte avoir commencé au lycée, au début des années 2020, dans un entourage où tabac, alcool et drogue faisaient partie du quotidien.
« Ce sont des amis qui m’ont progressivement introduit dans ce monde », confie-t-il, évoquant des camarades d’école et du quartier. Ce qui n’était au départ qu’un geste occasionnel s’est transformé en dépendance, avant de l’entraîner vers d’autres dérives. « À force de fréquenter ce groupe, je me suis mis à consommer de la drogue. J’ai même connu la prison », ajoute-t-il. Aujourd’hui, il dit tenter de se reprendre, tout en continuant à fumer avec modération.
À Yopougon Yaoséhi, Kouamé Patrick, lui aussi jeune adulte, évoque une autre facette du phénomène : la pression sociale et le goût du “fun”. « C’est pour la frime, une folie de jeunesse », affirme-t-il, tout en reconnaissant fumer une dizaine de cigarettes par jour et en ressentir déjà les effets sur son endurance physique.
Cigarette : des conséquences sanitaires lourdes et un enjeu de prévention majeur
Les spécialistes alertent sur les dangers particulièrement graves du tabagisme précoce. Troubles cognitifs, maladies respiratoires chroniques, vieillissement accéléré des artères ou encore risques d’infarctus et d’AVC figurent parmi les conséquences les plus fréquentes.
Selon le Pr Daix Thomas, pneumo-phtisiologue au CHU de Treichville, « un fumeur régulier sur deux meurt des suites du tabac et perd en moyenne entre 10 et 15 ans d’espérance de vie ». Il souligne également la rapidité de la dépendance : la nicotine agit sur le cerveau en quelques secondes seulement, provoquant une sensation de plaisir artificiel.
Au-delà des poumons, le tabac affecte l’ensemble de l’organisme, du cœur à la fertilité, en passant par la peau et les dents. Face à cette réalité, les experts insistent sur la prévention, l’accompagnement des jeunes et la promotion d’activités alternatives comme le sport ou la culture.
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Sur le plan légal, la Côte d’Ivoire a renforcé son dispositif de lutte contre le tabagisme avec des interdictions strictes dans les lieux publics, l’interdiction de vente aux mineurs et la limitation de la publicité.
Si la tendance mondiale est à la baisse, le phénomène reste préoccupant chez les jeunes en Côte d’Ivoire, appelant à une mobilisation accrue des familles, des éducateurs et des autorités sanitaires.
