Le 3 juin 2026, le quartier Houphouët-Boigny, plus connu sous le nom de « Campement », dans la commune de Koumassi, a été entièrement rasé par des engins de démolition. L’opération a été menée à l’initiative de l’opérateur économique Alloui Brou Jacques, qui affirme agir sur la base d’une décision de justice rendue en sa faveur.
Si le cadre légal de l’intervention est invoqué par ses promoteurs, les conditions de son exécution suscitent une vive polémique. Les images de familles contraintes de quitter leurs habitations en pleine saison des pluies ont provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. De son côté, la mairie de Koumassi a tenu à se dissocier de l’opération, assurant qu’elle ne relevait d’aucune initiative municipale.
Entre légalité et détresse sociale à Koumassi
Au-delà de la décision judiciaire, c’est l’impact humain du déguerpissement qui alimente les critiques. Des dizaines de familles se retrouvent sans logement, tandis que des élèves et étudiants, en pleine période d’examens, voient leur quotidien brutalement bouleversé.
Réagissant à la situation dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le président du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep), Charles Blé Goudé, a exprimé sa solidarité avec les populations affectées. « Ce n’est jamais facile de perdre ses repères, même lorsqu’il s’agit d’un simple déménagement. À plus forte raison quand on est réveillé par des bulldozers », a-t-il déclaré.
Tout en reconnaissant que le développement urbain peut engendrer des contraintes, l’ancien ministre de la Jeunesse estime que ces opérations doivent être conduites avec davantage de considération pour les populations concernées. Selon lui, l’intervention menée à Koumassi n’a pas suffisamment pris en compte la dimension humaine du dossier.
Le timing de l’opération est également remis en cause. En pleine saison des pluies et à quelques semaines de la fin de l’année scolaire, de nombreuses familles se retrouvent sans solution immédiate de relogement. « On ne peut pas promouvoir un développement au détriment de ceux qui devraient en être les bénéficiaires », a insisté Charles Blé Goudé.
Zones d’ombre sur l’acquisition foncière et appel à des poursuites
L’autre aspect sensible de cette affaire concerne les conditions d’acquisition du terrain. Charles Blé Goudé affirme qu’Alloui Brou Jacques s’est publiquement présenté comme propriétaire de 34 hectares situés dans la zone concernée, alors qu’il occupait auparavant les fonctions de troisième adjoint au maire chargé du domaine.
Une situation qui soulève, selon lui, plusieurs interrogations : qui a procédé à l’attribution de ces terres ? À quel coût la transaction a-t-elle été réalisée ? Les procédures de transparence ont-elles été respectées ? Pour le président du Cojep, ces éléments pourraient laisser présumer un conflit d’intérêts susceptible d’appeler des vérifications approfondies.
L’étude d’impact environnemental et social, évoquée par l’acquéreur pour justifier le projet, fait également l’objet de questionnements. Théoriquement, un tel document doit permettre d’anticiper les conséquences d’un projet et de prévoir des mesures d’atténuation adaptées. Or, pour Charles Blé Goudé, la situation observée sur le terrain semble difficilement conciliable avec ces objectifs.
Il s’interroge notamment sur les dispositifs qui auraient été mis en place pour accompagner les populations déguerpies et limiter les effets sociaux de l’opération. Des questions qui, selon lui, fragilisent la crédibilité du processus.
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Face à ce qu’il considère comme des zones d’ombre persistantes, Charles Blé Goudé appelle à une clarification complète des responsabilités. Il estime que les différents acteurs impliqués — des commanditaires aux auteurs de l’étude d’impact, en passant par les autorités ayant délivré les autorisations — doivent rendre compte de leurs actes devant la justice.
Le président du Cojep annonce par ailleurs son intention de soutenir une action judiciaire en faveur des populations expulsées et invite les avocats ivoiriens à se mobiliser bénévolement pour leur défense.
Dans l’attente d’éventuelles procédures et d’éclaircissements sur les circonstances de l’opération, le dossier du « Campement » dépasse désormais le simple cadre foncier. Il alimente un débat plus large sur la justice sociale, la gouvernance urbaine et la place accordée aux populations dans les projets de développement.
