La justice ivoirienne a refermé, ce lundi 27 avril 2026, l’un des dossiers terroristes les plus sensibles de ces dernières années. La Section antiterroriste du tribunal criminel d’Abidjan a rendu son verdict dans l’affaire de l’attaque djihadiste de Kafolo, perpétrée en juin 2020 dans le nord du pays. Six accusés ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité, tandis que dix-sept autres écopent de 20 ans de prison ferme, selon la décision rendue publique à l’issue de plusieurs mois de débats.
Au palais de justice du Plateau, placé sous haute surveillance dès les premières heures de la journée, l’attente était lourde. Familles de victimes, avocats, militaires et observateurs retenaient leur souffle avant ce dénouement judiciaire très attendu. Car au-delà d’un simple procès, c’est l’une des pages les plus sombres de la lutte antiterroriste en Côte d’Ivoire qui se jouait dans cette salle d’audience.
Dans la nuit du 10 au 11 juin 2020, un commando armé avait lancé un assaut meurtrier contre le poste mixte de Kafolo, à la frontière ivoiro-burkinabè. L’attaque, attribuée à la Katiba Macina affiliée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), avait coûté la vie à quatorze soldats ivoiriens et fait plusieurs blessés. Ce raid sanglant avait marqué la première démonstration d’envergure de la menace djihadiste sur le territoire ivoirien.
Attaque de Kafolo : Un signal judiciaire et sécuritaire envoyé aux groupes armés
Face aux quarante-cinq prévenus poursuivis dans ce dossier, les juges ont distingué les auteurs directs de l’assaut, les relais logistiques et les soutiens périphériques. Les six condamnés à vie ont été reconnus comme des acteurs centraux de l’opération terroriste, tandis que les autres peines sanctionnent divers niveaux de participation, notamment l’hébergement, le renseignement et l’assistance matérielle apportés au commando.
Par cette décision, le tribunal suit une ligne de fermeté assumée par le parquet, déterminé à envoyer un message dissuasif à toute tentative de déstabilisation du pays. Dans les rangs des Forces de défense et de sécurité, ce verdict est perçu comme une victoire symbolique autant qu’institutionnelle : la réponse ivoirienne au terrorisme ne se limite plus au terrain militaire, elle s’affirme désormais aussi dans l’arsenal judiciaire.
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Pour les familles des quatorze soldats tombés à Kafolo, ce jugement représente un moment de reconnaissance nationale après six années d’attente et de procédures. Il consacre juridiquement le sacrifice de militaires devenus, depuis cette nuit tragique, le symbole de la résistance ivoirienne face à l’expansion djihadiste venue du Sahel.
Ce verdict intervient par ailleurs dans un contexte régional toujours sous tension, marqué par la persistance des incursions terroristes au Mali, au Burkina Faso et au Niger. En se montrant inflexible dans ce dossier, Abidjan affiche sa volonté de se positionner en rempart institutionnel contre la progression des groupes armés vers les États côtiers d’Afrique de l’Ouest.
