Burkina Faso a décidé de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, les exportations de bétail sur l’ensemble de son territoire. La mesure, contenue dans un communiqué interministériel signé le 8 mai 2026 et rendu public le 11 mai par les ministères en charge du Commerce, des Ressources animales et halieutiques et de l’Économie, vise officiellement à garantir la disponibilité des animaux sur le marché national.
Dans l’immédiat, la délivrance de nouvelles Autorisations spéciales d’exportation (ASE) est suspendue. Les opérateurs encore détenteurs d’autorisations valides disposent d’un délai d’une semaine pour achever leurs transactions. Le texte appelle également au « patriotisme » des acteurs de la filière et confie l’application de la mesure aux services de contrôle aux frontières ainsi qu’aux forces de sécurité.
Aucune précision n’a toutefois été donnée sur les espèces concernées, ni sur les niveaux de stocks ou de prix ayant motivé cette décision, pas plus que sur les conditions de levée de la suspension.
Au Burkina Faso, un secteur stratégique au cœur des politiques de souveraineté alimentaire
L’élevage occupe une place centrale dans l’économie nationale du Burkina Faso, représentant environ 11 % du PIB et faisant vivre près de 71 % de la population, selon l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD). En 2024, les animaux sur pied figuraient au troisième rang des exportations du pays, derrière l’or et le coton, et représentaient 2,1 % des recettes d’exportation d’après la BCEAO.
Les exportations de bovins, ovins et caprins ont fortement progressé ces dernières années, passant de 400 millions de francs CFA en 2020 à près de 11,8 milliards en 2024. Les principaux débouchés restent la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Bénin, avec des circuits d’approvisionnement bien établis, notamment vers les marchés urbains ivoiriens.
Cette nouvelle suspension s’inscrit dans une série de mesures déjà prises par les autorités de transition, incluant notamment des restrictions sur certaines exportations agricoles et des interdictions d’importation visant à stabiliser les marchés intérieurs. Des initiatives similaires ont également été observées dans la région, notamment au Niger, dans un contexte de politiques communes au sein de l’Alliance des États du Sahel, aux côtés du Mali.
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Vers une transformation locale de la filière viande
Au-delà des restrictions à l’exportation, les autorités du Burkina Faso affichent une ambition de transformation structurelle de la filière. Depuis 2025, un programme national vise à développer les capacités d’abattage et de transformation afin de réduire la dépendance aux exportations de bétail vivant.
La création de l’Agence Faso Abattoir illustre cette orientation, avec pour objectif de favoriser l’exportation de viande transformée plutôt que d’animaux sur pied. Plusieurs projets d’infrastructures sont en cours, dont un abattoir à Ziniaré et la réhabilitation de l’abattoir frigorifique de Dédougou, traduisant la volonté des autorités de renforcer la chaîne de valeur locale et de capter davantage de revenus sur le marché de la viande.

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