Au cours de son intervention au sommet Africa Forward 2026, Françoise Remarck a replacé le débat sur la restitution du patrimoine africain dans une réflexion beaucoup plus large autour de la mémoire collective et de l’identité culturelle. Revenant sur le retour récent du tambour parleur en Côte d’Ivoire, la ministre a rappelé le long chemin diplomatique et politique qui a conduit à cette restitution, plus d’un siècle après le départ de l’objet historique du territoire ivoirien.
La ministre a notamment expliqué que le retour de cet objet patrimonial est intervenu le 13 mars 2026, soit 110 ans après son départ de la Côte d’Ivoire durant la période coloniale. Selon elle, ce processus a été rendu possible après l’appel lancé par le président français Emmanuel Macron en 2017 en faveur de la restitution des œuvres africaines conservées en Europe. Plusieurs années de discussions et de démarches auront ensuite été nécessaires avant d’aboutir au retour effectif du tambour parleur sur le sol ivoirien.
Mais pour Françoise Remarck, le véritable débat commence justement après cette restitution. Elle estime que le principal défi consiste aujourd’hui à transmettre cette histoire aux jeunes générations, parfois très éloignées des réalités historiques qui entourent ces objets patrimoniaux. « Comment notre histoire se transmet auprès de nos jeunes ? », s’est-elle interrogée devant les participants du sommet. Elle a notamment insisté sur le fait que les jeunes Ivoiriens d’aujourd’hui n’ont plus forcément de lien direct avec les événements ayant conduit à la disparition de ces objets il y a plus d’un siècle. La ministre a également rappelé que certaines communautés, notamment la communauté Atchan, réclamaient le retour de ce patrimoine depuis plusieurs décennies, précisément depuis 1958.
La culture au cœur de la reconstruction ivoirienne
Dans la suite de son intervention, Françoise Remarck a expliqué que cette politique autour du patrimoine culturel s’inscrit dans une vision plus globale portée par les autorités ivoiriennes depuis la sortie de la crise postélectorale de 2010-2011. Selon elle, le président Alassane Ouattara a très tôt considéré la culture comme un levier majeur de reconstruction nationale et de développement.
La ministre a rappelé que plusieurs réformes et dispositifs ont été mis en place afin de renforcer la sauvegarde du patrimoine culturel ivoirien, aussi bien matériel qu’immatériel. Elle a notamment évoqué l’adoption d’une politique culturelle nationale ainsi qu’une législation spécifique consacrée à la préservation du patrimoine. Pour Françoise Remarck, il ne s’agit pas uniquement de conserver des objets historiques, mais aussi de protéger les savoirs, les traditions et les pratiques culturelles qui constituent l’identité profonde des peuples.
C’est dans cette logique que la Côte d’Ivoire a développé le système des « trésors humains vivants », destiné à reconnaître officiellement des détenteurs de savoir-faire traditionnels. La ministre a expliqué que ce mécanisme existe déjà dans certains pays, notamment en France ou au Kenya, mais que la Côte d’Ivoire a choisi d’aller plus loin. Désormais, ces détenteurs de connaissances traditionnelles bénéficient d’un véritable statut reconnu par décret présidentiel et sont rémunérés par l’État. En contrepartie, ils doivent transmettre leurs savoirs à au moins deux apprentis afin d’assurer la continuité des pratiques culturelles et artisanales ivoiriennes.
Un patrimoine appelé à devenir un outil de transmission
Pour Françoise Remarck, la restitution du patrimoine africain ne peut avoir de sens durable sans un travail de transmission auprès de la jeunesse et de la société civile. La ministre ivoirienne estime que le retour des œuvres doit désormais servir de point de départ à une réappropriation culturelle plus profonde par les populations africaines elles-mêmes.
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Au cours de son intervention, elle a insisté sur la nécessité de replacer l’histoire africaine au cœur des politiques éducatives, culturelles et mémorielles. Selon elle, le retour du tambour parleur ne doit pas être considéré comme un simple événement symbolique ou diplomatique, mais comme une opportunité de reconnecter les jeunes générations à leur héritage culturel. Elle a également souligné l’importance du rôle joué par les dirigeants politiques dans cette dynamique, citant les échanges entre le président Alassane Ouattara et Emmanuel Macron autour de la question des restitutions.
La ministre a enfin défendu une approche où le patrimoine devient un véritable outil de transmission et de cohésion sociale. Pour elle, préserver l’histoire africaine ne consiste pas uniquement à récupérer des objets conservés à l’étranger, mais aussi à garantir que les savoirs, les récits et les mémoires associés à ces patrimoines continuent d’exister à travers les générations futures.

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