La polémique autour du déguerpissement massif de Koumassi-Campement continue de prendre de l’ampleur. Quelques heures après la mise au point du ministère de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la pauvreté, qui a rejeté toute implication dans l’opération attribuée à l’opérateur Jacques Alloui Brou, l’activiste Serif Tall a réagi publiquement.
Dans une intervention rendue publique ce jeudi 9 juillet 2026, le cyber-activiste a contesté les arguments avancés par la ministre Myss Belmonde Dogo, évoquant plusieurs incohérences dans la version officielle des faits, notamment sur la chronologie des événements et la réaction des autorités.
Selon Serif Tall, les démolitions n’auraient pas commencé le mardi 2 juin comme indiqué dans le communiqué ministériel, mais plutôt le mercredi 3 juin, date à laquelle les dix hectares du site auraient été entièrement détruits.
« À quel moment le ministère est-il réellement intervenu pour surseoir à cette opération si tout a été détruit en une seule journée ? », s’est-il interrogé, mettant ainsi en cause la capacité de réaction des services de l’État face à l’ampleur de l’opération.
Démolitions à Koumassi : une accusation de validation préalable de l’opération
L’activiste va plus loin en affirmant que le ministère aurait, dans un premier temps, reconnu la légitimité de la démarche de Jacques Alloui Brou. Il s’appuie notamment sur une note des services de Myss Belmonde Dogo qui indiquait que l’opérateur disposait d’une décision de justice supposée valable.
« Le ministère a donné son quitus sans vérifier l’authenticité de cette fausse grosse de justice, alors même que l’avocat mentionné sur le document a porté plainte, affirmant n’avoir jamais été associé à cette affaire », accuse Serif Tall.
Cette sortie intervient après le démenti formel du ministère en réponse aux révélations du journal satirique L’Éléphant déchaîné, qui avait affirmé que la ministre aurait reçu Jacques Alloui Brou avant les démolitions.
Dans son communiqué, le cabinet de Myss Belmonde Dogo avait rejeté ces accusations, les qualifiant « d’aussi grossières que dénuées de fondement ». Il avait précisé que l’opérateur n’avait été reçu qu’après le début des destructions, uniquement afin de recueillir des informations sur la situation.
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Le ministère a par ailleurs demandé une rectification au journal, tout en annonçant la possibilité d’engager des poursuites judiciaires et de saisir l’autorité de régulation des médias.
Pour rappel, le déguerpissement de Koumassi-Campement, réalisé début juin par des bulldozers accompagnés des forces de l’ordre, a entraîné la destruction de nombreuses habitations et laissé plusieurs centaines de familles sans logement. Jacques Alloui Brou, présenté comme l’auteur présumé des destructions, a été interpellé par le parquet d’Abidjan après une courte période de fuite.
Le procureur de la République a depuis indiqué qu’aucune décision de justice n’autorisait la démolition du quartier. Selon les premières conclusions de l’enquête, le document judiciaire utilisé aurait été falsifié et ne concernait initialement que cinq habitations. L’opérateur est poursuivi notamment pour « troubles à l’ordre public », « voies de fait » et « destruction volontaire de biens d’autrui ». Il demeure placé sous mandat de dépôt dans l’attente de la poursuite des auditions.
