Une pharmacienne de la Protection maternelle et infantile (PMI) de Cocody-Abidjan a été entendue mercredi 29 octobre 2025 par le Pôle Pénal Économique et Financier (PPEF) pour détournement de médicaments subventionnés par le Fonds mondial, destinés à la lutte contre le paludisme.

Des médicaments disparus des stocks
Selon le journaliste et chroniqueur Fernand Dédeh, onze produits subventionnés sont fournis par le Fonds mondial au Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP). Ces médicaments, qui doivent être distribués gratuitement aux patients sur présentation d’ordonnances, ont disparu des stocks de la PMI de Cocody.
Un audit interne a mis en évidence des écarts entre les livraisons de la Nouvelle Pharmacie de la Santé Publique (NPSP) et les stocks réellement disponibles. Sur six produits contrôlés, le manque s’élève à 230 millions FCFA.
Une remise de médicaments sans traçabilité
Interrogée sur ces écarts, la pharmacienne a déclaré avoir remis les médicaments à une ONG, « Amis Consolateurs des Enfants », sans aucun moyen de traçabilité. Le Fonds mondial a demandé à l’État ivoirien de clarifier la situation, sous peine d’exiger le remboursement des montants détournés.
Des antécédents en 2019
Ce n’est pas la première fois que la gestion de la pharmacienne est mise en cause. En 2019, un audit avait révélé un déficit de 300 000 FCFA dans sa caisse. Elle avait alors imputé la responsabilité à ses collaborateurs. L’argent avait été restitué et un rappel sur les règles de gestion des stocks avait été effectué.
Face au tribunal
À la barre, la pharmacienne a reconnu avoir distribué les médicaments, affirmant ignorer les procédures en vigueur. La présidente du tribunal a réagi fermement : « Vous êtes docteur en pharmacie, sept ans d’études… une intellectuelle ! Dites-nous, à qui avez-vous remis les médicaments ? »
La prévenue a répondu « à tout venant » et ajouté ne pas connaître le responsable de l’ONG, dont le numéro de téléphone est désormais injoignable. Son avocat a sollicité une mise en liberté provisoire, invoquant sa situation familiale de mère de deux enfants. Le parquet, tout en soulignant le rôle humaniste de la justice, ne s’est pas opposé à cette demande.
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Renvoi du procès au 5 novembre
La présidente du tribunal a renvoyé le procès au 5 novembre 2025, pour l’audition des témoins, notamment les collaborateurs de la prévenue à la PMI. La décision sur sa mise en liberté provisoire devrait également être prise à cette date.
