L’avocat et homme politique malien Mountaga Tall a été enlevé à son domicile de Bamako dans la nuit du 2 au 3 mai par des hommes armés et cagoulés, selon sa famille. Dix jours après les faits, ses proches affirment toujours ignorer l’identité des ravisseurs, ainsi que « le lieu et les conditions de sa séquestration ».
Le mode opératoire, attribué par plusieurs observateurs à la sécurité d’État, rappelle d’autres enlèvements signalés ces dernières semaines au Mali. Plusieurs personnalités politiques et militaires auraient été interpellées dans des circonstances similaires avant d’être détenues dans des lieux tenus secrets, sans procédure judiciaire connue.
Dans un communiqué, la famille de Mountaga Tall indique avoir constitué un collectif d’avocats afin d’engager des poursuites contre les auteurs de « l’enlèvement » et de la « séquestration » de l’ancien ministre. Elle annonce également une autre procédure visant les auteurs de « diffamations et d’atteintes volontaires à l’honneur » de l’avocat.
Le 1er mai, le procureur militaire de Bamako avait annoncé l’ouverture d’une enquête visant des militaires et anciens militaires soupçonnés de complicité dans les attaques du 25 avril revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et le Front de libération de l’Azawad. Le magistrat avait également évoqué l’implication présumée de personnalités politiques.
Depuis cette annonce, aucune communication officielle supplémentaire n’a été faite. La famille de Mountaga Tall affirme qu’« aucune autorité judiciaire » ne lui a notifié l’existence de poursuites contre lui. Elle souligne également que toute procédure éventuelle devrait respecter les garanties légales liées à son statut d’avocat.
Au Mali, des accusations de manipulation et des condamnations internationales
Les proches de Mountaga Tall se disent particulièrement inquiets pour « sa santé physique et psychologique ». Ils dénoncent ce qu’ils considèrent comme une tentative de déstabilisation politique visant une figure engagée dans la défense de la démocratie au Mali.
Depuis plusieurs jours, une vidéo relayée sur les réseaux sociaux montre Soïba Diarra, présenté comme un ancien militaire impliqué dans les attaques du 25 avril, accusant directement Mountaga Tall d’avoir voulu provoquer « un changement urgent » dans le pays. Or, selon les proches de l’avocat, Soïba Diarra était censé être détenu au moment de l’enregistrement.
« Ils veulent le décrédibiliser », estime un proche de Mountaga Tall, qui accuse les services de sécurité de « fabriquer des preuves ». Selon cette source, le fait que l’avocat ait été enlevé plutôt qu’arrêté officiellement démontrerait l’absence d’éléments tangibles contre lui.
Plusieurs analystes estiment que les autorités de transition utilisent les attaques du 25 avril pour neutraliser des personnalités jugées critiques envers le pouvoir militaire. Mountaga Tall s’était notamment illustré en contestant devant la justice la dissolution des partis politiques maliens et en assurant la défense de Moussa Mara, emprisonné depuis près d’un an.
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Outre Mountaga Tall, plusieurs autres personnalités auraient été enlevées récemment, parmi lesquelles Moussa Djiré, des proches de Oumar Mariko ou encore Youssouf Daba Diawara. La famille de ce dernier affirme avoir déjà porté plainte pour « enlèvement et séquestration » devant la justice malienne et la Commission nationale des droits de l’homme.
Plusieurs organisations internationales, dont Amnesty International et la Fédération internationale des droits humains, ont récemment dénoncé des « disparitions forcées » visant des opposants maliens. De son côté, l’Ordre des avocats du Mali a condamné un « acte extrajudiciaire » et exigé la « libération immédiate et sans condition » de Mountaga Tall.
