Placées sous mandat de dépôt dans la journée du 22 juillet 2025, les artistes Babani Koné, Mariam Bah et Binguini Bakhaga devront répondre devant la justice malienne d’injures publiques et d’atteinte aux mœurs, après une série d’échanges houleux largement diffusés sur les réseaux sociaux. Un tournant symbolique dans la régulation du numérique au Mali.

Le monde artistique malien est en pleine tourmente après l’incarcération de trois figures populaires de la chanson et des réseaux sociaux. Babani Koné, Mariam Bah et Binguini Bakhaga ont été placées sous mandat de dépôt par le procureur du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité. Cette décision intervient à la suite d’une série d’altercations entre les trois femmes, rendues publiques à travers des vidéos sur TikTok, Facebook et WhatsApp, dans lesquelles elles se sont échangées des propos jugés injurieux, diffamants et contraires aux bonnes mœurs.
Les vidéos en question ont rapidement fait le tour du pays, suscitant de vives réactions parmi les internautes. Dans ces séquences, les artistes se livrent à des attaques personnelles, s’accusent mutuellement d’histoires intimes, et emploient un langage particulièrement grossier. Si certains ont perçu ces querelles comme des tensions ordinaires du milieu artistique, amplifiées par la visibilité numérique, les autorités judiciaires, elles, y ont vu une infraction claire à la loi malienne sur la cybercriminalité.

Le parquet a donc décidé de ne pas se limiter à une simple convocation ou à un placement sous contrôle judiciaire. En les mettant sous mandat de dépôt, la justice veut affirmer que les comportements déviants sur les réseaux sociaux seront désormais traités avec la même rigueur que dans l’espace public physique. Le procès des trois artistes est prévu pour le 4 septembre prochain à Bamako.
Cette affaire intervient dans un contexte où les réseaux sociaux jouent un rôle central dans l’expression culturelle et la vie publique malienne. Pour les artistes en particulier, les plateformes sont devenues à la fois des outils de promotion, des moyens de communication directe avec leur public, et parfois des arènes de confrontation. Mais la frontière entre le discours public et l’infraction légale devient de plus en plus mince, comme le montre ce dossier.
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De nombreuses voix se sont élevées pour commenter cette arrestation. Certains défenseurs des libertés dénoncent une décision trop sévère, qu’ils considèrent comme une tentative de museler les figures critiques ou polémiques. D’autres, au contraire, estiment qu’il était temps de restaurer l’ordre dans un espace numérique devenu, selon eux, trop permissif, voire toxique. Les critiques les plus virulentes pointent du doigt l’impact de ces altercations publiques sur la jeunesse, souvent influencée par les comportements de ces célébrités.
L’affaire pose aussi la question du traitement judiciaire réservé aux différends personnels rendus publics. Ce qui, jadis, aurait été réglé dans l’intimité ou par l’intermédiaire d’un manager ou d’un avocat, devient aujourd’hui viral, alimenté par les mécanismes de visibilité propres aux réseaux sociaux. Dans un pays où les figures artistiques ont toujours été des voix puissantes, parfois contestataires, souvent éducatives, cette nouvelle réalité numérique impose une responsabilité accrue.

Le procès à venir pourrait donc devenir un moment charnière. Il s’agira non seulement de juger les faits reprochés aux trois artistes, mais aussi d’ouvrir un débat plus large sur la régulation de la parole en ligne, la protection des normes sociales et la place du droit dans un espace digital encore jeune. Il posera aussi une question simple mais essentielle : la célébrité donne-t-elle tous les droits, y compris celui d’insulter publiquement sans conséquences ?
En attendant l’audience de septembre, les artistes sont maintenues en détention, une décision rare dans le monde du spectacle au Mali. Ce précédent judiciaire pourrait, à terme, redessiner les contours de la liberté d’expression à l’ère numérique, dans un pays où l’équilibre entre tradition, modernité et droit reste constamment en redéfinition.
Par Mohamed KONATE
