Méfiance interethnique en Côte d’Ivoire : À travers un témoignage personnel, l’auteur met en lumière la manière dont des expériences individuelles peuvent façonner des perceptions durables. Il évoque notamment un cas survenu dans son village paternel, où une mauvaise expérience vécue par un cadre avec une femme Bété a suffi à installer une défiance généralisée envers toute relation similaire. Une situation révélatrice du poids des préjugés ethniques, souvent transmis comme des vérités établies.
Des expériences personnelles devenues vérités collectives dans l’interethnique
Alban M’lan revient également sur le décès de son père, marié à une femme de l’Ouest, et l’accueil méfiant réservé à la belle-famille lors de leur arrivée au village. Des propos stigmatisants, tels que « l’affaire des Baoulé est compliquée », traduisent une suspicion profondément enracinée.
Pour autant, l’auteur refuse la généralisation. Il rappelle avoir observé des comportements similaires au sein de l’ethnie Bété, notamment des conflits successoraux précoces, sans que cela ne conduise à une peur globale de ce groupe. Pour lui, ces situations relèvent davantage de faits sociaux isolés que de caractéristiques ethniques structurelles.
Une méfiance qui traverse aussi les frontières internes des ethnies
Au-delà des relations entre grands groupes, la défiance se manifeste également à l’intérieur même des communautés. Issu d’une double ascendance baoulé (N’zikpli de père, Kodêh de mère), Alban M’lan décrit des peurs mystiques réciproques entre sous-groupes baoulé : N’zikpli, Kodêh, Ayétou, Andôh, Gbloh, Ayahou.
Cette logique se retrouve dans d’autres régions du pays, notamment au Nord, où les ethnies s’attribuent mutuellement des pratiques mystiques et des comportements jugés dangereux. Résultat : dans certaines familles, annoncer l’ethnie de son futur conjoint demeure un moment de tension, tant les réactions parentales peuvent être imprévisibles.
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En filigrane, une interrogation centrale demeure : Ces méfiances interethniques sont-elles fondées sur des réalités collectives, ou relèvent-elles surtout de mythes, de préjugés et d’une méconnaissance de l’autre ?
Un débat ouvert, que l’auteur appelle à mener dans un esprit de réflexion, de dialogue et de lucidité, pour repenser le vivre-ensemble dans une Côte d’Ivoire plurielle et diverse.
