Oupoh Laurent à Sylvestre Emmou : “La polémique ne doit pas remplacer les faits” (opinion)

Dans une lettre ouverte adressée au maire de Port-Bouët, Sylvestre Emmou, Oupoh Laurent conteste les accusations visant le District autonome d’Abidjan et dénonce ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique du dossier des déguerpissements.
Oupoh Laurent à Sylvestre Emmou : “La polémique ne doit pas remplacer les faits” (opinion)
Sylvestre Emmou, maire de Port-Bouet

LETTRE OUVERTE AU MAIRE DE PORT-BOUËT

ou petite leçon de bonne foi devant la politique politicienne

Cher maire de Port-Bouët, cher docteur Sylvestre Emmou,

Je suis un simple citoyen du pays, un habitué des embouteillages et des saisons de pluie qui transforment nos rues en piscines. Je n’appartiens à aucun cabinet, ne porte aucune écharpe, et ne dispose d’aucun micro pour convoquer la presse à ma guise. Mais j’ai des yeux, des oreilles, et surtout un sens élémentaire de l’arithmétique. Alors permettez-moi de vous restituer, avec l’ironie que mérite votre dernière sortie médiatique, quelques vérités qui fâchent.

  1. La chronologie des quatre jours ouvrables, s’il vous plaît.

Vous avez déposé un courrier au District le 1er juin 2026. Les services du District l’ont reçu. Samedi et dimanche, même les fonctionnaires ont droit au repos – je croyais que vous aussi, en tant que maire, vous respectiez le Code du travail. On retire donc le week-end. On retire aussi le jour de réception, comme le veut la coutume administrative la plus basique. Il reste six jours ouvrables.

Pendant ces six jours, le District – je le sais pour m’être renseigné – a reçu des centaines de courriers. Il en reçoit chaque jour plus que votre propre mairie, c’est un fait. Alors, cher maire, croyez-vous sincèrement que votre enveloppe, si précieuse soit-elle à vos yeux, devait être déchiffrée en priorité absolue, au milieu de la masse ? Le monde ne tourne pas autour de votre signature, aussi élégante soit-elle.

Le lundi 8 juin, soit quatre jours ouvrables après le jour de réception, le District a pris soin de répondre à votre missive, après en avoir pris connaissance. Sans attendre, une réponse a été rédigée et mise dans le circuit. Le surlendemain, elle était chez vous. Comme votre lettre datée du 29 mai 2026, elle a mis deux jours pour arriver à vous. Alors, quatre jours ouvrables pour lire et ensuite traiter un courrier parmi des centaines, c’est ce que j’appelle, moi citoyen, une diligence tout à fait honorable. Vous avez d’ailleurs salué cette réponse, vos propres déclarations en attestent. J’ai même cru, naïvement, que l’histoire s’arrêtait là.

  1. Mais vous avez préféré la petite musique politicienne.

Au lieu de vous en tenir à ce « merci » de bon aloi, vous avez joué la comédie du courrier sans réponse, feint l’indignation, parlé de « procédure bafouée », de « mépris » et d’« absence de dialogue ». Et pourtant, cher maire, depuis que la réponse du District vous a été remise, 48 heures se sont écoulées. Et vous ? Vous n’avez toujours pas daigné répondre. Pas un mot, pas un accusé de réception, rien, sinon de nouvelles déclarations unilatérales dans les médias pour entretenir la polémique.

Alors, à qui se fier ? Vous reprochez au District un silence de quatre jours ouvrables, silence largement explicable, nous l’avons vu, mais vous vous octroyez le droit de garder le vôtre, sans fin, tout en continuant à pleurer dans le micro. C’est ce qu’on appelle, sans aucune méchanceté, une contradiction dans les termes. Ou plus simplement : de la mauvaise foi.

  1. La politique politicienne, ce sport national.

Je ne suis pas naïf. Je sais que les déguerpissements, même justifiés, même annoncés des mois à l’avance, sont un sujet douloureux. Je sais aussi que certains élus adorent se donner le rôle du « petit père des pauvres » contre le « gros District sans cœur ». C’est un classique, presque un passage obligé. Cependant, jouer ainsi la comédie à votre tour du courrier sans réponse, quand la réponse est déjà dans vos tiroirs, c’est risible. C’est même, osons le mot, une certaine désinvolture à l’égard de ceux qui vous ont élu. Car à force de vouloir faire de l’opinion un théâtre, on finit par oublier le fond du dossier : la sécurité des populations, les zones inondables, les vies à protéger.

  1. Une suggestion amicale pour la suite.

Vous avez montré vous-même qu’un maire peut saisir l’opinion publique sans répondre à son interlocuteur, tout en exigeant de ce dernier une réactivité absolue. Merci pour cette leçon d’asymétrie. Pendant que vous parlerez encore de justice et de procédure, le District, lui, continuera, j’imagine, à gérer les inondations, à recaser les familles, et à préparer une métropole plus sûre. Et moi, simple citoyen, je continuerai à regarder la pluie tomber sur Abidjan en espérant que, cette fois, on aura moins de dégâts.

Lire aussi : Starlink obtient son autorisation en Côte d’Ivoire et prépare son lancement en juillet 2026

Conseil d’ami : gagnez en sagesse et en maturité. Votre mairie en sortira grandie. L’opinion, elle, finit toujours par distinguer la franche polémique du vrai service public. Et si jamais vous ne trouvez toujours pas le temps de répondre au District, alors que vous en avez pour produire des communiqués et des déclarations, sachez que ma boîte aux lettres, à moi, reste ouverte, mais je ne vous promets pas de réponse sous quatre jours.

Par Oupoh Laurent
2252025laurentoupoh@gmail.com

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