Lettre ouverte au Ministre-Gouverneur Cissé Ibrahima Bacongo : Vous avez souvent porté seul la responsabilité politique et médiatique
Monsieur le Ministre-Gouverneur,
Deux ans après le lancement des grandes opérations de restauration de l’ordre urbain à Abidjan, je veux parler avec lucidité, gravité, objectivité et sens de l’intérêt général.
Il faut d’abord reconnaître une évidence : l’État ne pouvait plus rester spectateur face à l’occupation anarchique et incontrôlée des zones à risques. Les inondations meurtrières, les glissements de terrain, les installations précaires sous les lignes à haute tension et l’urbanisation désordonnée constituaient une menace permanente pour des milliers de familles. Le fait que tout se soit bien passé dans l’ensemble jusqu’à ce jour ne peut justifier de continuer à s’accommoder aux dangers. En décidant d’agir, le District autonome d’Abidjan a assumé une responsabilité que beaucoup réclamaient depuis des années sans jamais avoir eu le courage politique de la mettre en œuvre.
Les résultats présentés par vos services montrent que plusieurs zones dangereuses ont été libérées et que des projets structurants sont envisagés sur les espaces récupérés : réhabilitation du littoral de Port-Bouët, aménagements à Attécoubé, transformation du Canal aux Bois, création d’un parc e-logistique à Gesco ou encore projets de construction d’infrastructures modernes à Yopougon, Treichville et Anyama. Cette vision mérite d’être saluée.
Il convient également de rappeler que certaines critiques formulées contre les opérations trouvent aujourd’hui des éléments de réponse. Contrairement à ce qui a souvent été affirmé, les déguerpissements ne semblent pas avoir été décidés dans une totale improvisation. Des cadres de concertation ont existé avec les maires, un comité interministériel a été mis en place sous l’égide du Premier ministre et plusieurs opérations ont été précédées d’actions de sensibilisation entre les entités et parties prenantes concernées.
La sensibilisation est ciblée et n’a pas un caractère national.
De même, l’accusation selon laquelle aucun accompagnement n’était prévu doit être nuancée. Les indemnisations engagées à Cocody, le programme de recasement annoncé par le gouvernement en faveur de plusieurs milliers de personnes ainsi que les mesures sociales mises en œuvre au profit des populations par le gouvernement suite aux instructions du chef de l’État démontrent qu’un effort a été entrepris pour réduire les conséquences des déguerpissements.
Cela étant dit, reconnaître les avancées ne signifie pas ignorer les insuffisances.
Le principal défi commence maintenant. Les espaces libérés ne doivent en aucun cas redevenir des zones de colonisation anarchique. L’histoire urbaine d’Abidjan montre que souvent des sites déguerpis par le passé ont fini par être réoccupés, faute de surveillance continue. Si cette situation devait se reproduire, les sacrifices consentis par les populations et les ressources mobilisées par l’État auraient été vains. Il est donc essentiel de renforcer durablement le contrôle des emprises récupérées et d’accélérer la réalisation des projets annoncés.
Par ailleurs, la restauration de l’ordre urbain ne doit pas s’arrêter aux opérations déjà réalisées. D’autres défis demeurent : occupation du domaine public, prolifération des constructions irrégulières, encombrement des voies, non-respect des règles d’urbanisme et du code de la salubrité, ainsi que dégradation de certains espaces collectifs. Les prochaines étapes devront être conduites avec la même détermination mais aussi avec davantage de pédagogie, de concertation avec les autres administrations.
C’est précisément sur ce point que se situe sans doute la principale leçon à retenir. Vous avez souvent porté seul, dans l’opinion publique, la responsabilité politique et médiatique de ces opérations. Cela a parfois donné l’impression qu’il s’agissait d’une initiative individuelle alors qu’elle relève d’une politique publique impliquant le gouvernement, les collectivités locales et plusieurs administrations.
Pour les opérations futures, il est souhaitable qu’une vaste campagne d’information soit organisée bien en amont. Une forme moderne d’opération de commodo et d’incommodo, permettant aux populations concernées, aux élus, aux leaders communautaires et à l’administration de dialoguer publiquement avant toute intervention. Et les invitant à prendre position soit en faveur du statu quo dangereux qui nie un droit à une vie décente, soit en faveur de l’action pour améliorer le cadre de vie par le biais d’un déguerpissement. Une telle démarche renforcerait l’adhésion citoyenne et réduirait les incompréhensions qui accompagnent souvent les déguerpissements.
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Monsieur le Ministre-Gouverneur, la restauration de l’ordre urbain est une nécessité. Sa réussite durable repose autant sur la fermeté de l’action publique que sur la qualité de la concertation. Le bilan des deux dernières années montre que le chantier avance. Il reste désormais à consolider les acquis, à protéger les espaces reconquis et à associer davantage les populations aux transformations qui dessineront l’Abidjan de demain.
Bonne continuation à vous ! Et surtout, remerciez de ma part le président de la République pour sa résilience dans son engagement en faveur de la restauration de l’ordre urbain. En effet, sans sa vision, également portée par le gouvernement, rien n’aurait pu être réalisé par vous. Le président de la République mérite un ban ! Bonne continuation.
Oupoh Laurent 2252025laurentoupoh@gmail.com
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