Sénégal : pourquoi Ousmane Sonko défie désormais Bassirou Diomaye Faye

Sénégal : pourquoi Ousmane Sonko défie désormais Bassirou Diomaye Faye
Bassirou Diomaye et Ousmane Sonko

Il y a encore peu, ils incarnaient le même espoir. Bassirou Diomaye Faye à la présidence, Ousmane Sonko à la Primature, le Pastef au pouvoir : le Sénégal semblait avoir tourné la page Macky Sall dans une forme d’unité presque historique. Mais cette alliance, bâtie dans la prison, la rue et les urnes, est aujourd’hui devenue un duel au sommet de l’État.

Le limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre a ouvert une crise politique majeure. En retour, l’ancien chef du gouvernement n’a pas choisi le silence. Quelques jours seulement après son départ, il a été porté à la présidence de l’Assemblée nationale, avec l’appui massif des députés. Une manière claire de dire à Bassirou Diomaye Faye : le pouvoir ne se limite pas au palais présidentiel.

Diomaye président du Sénégal, mais Sonko faiseur de roi

Bassirou Diomaye Faye n’est pas arrivé au pouvoir seul. Sa victoire de mars 2024 porte largement l’empreinte d’Ousmane Sonko. Empêché d’être candidat, ce dernier avait fait de Diomaye son plan politique, son relais, presque son prolongement. Libérés de prison à quelques jours du scrutin, les deux hommes avaient transformé leur histoire personnelle en récit national : celui d’une rupture avec l’ancien système. Faye a remporté la présidentielle dès le premier tour avec 54,28 % des voix, devenant le plus jeune président de l’histoire du Sénégal.

Mais cette victoire contenait déjà une ambiguïté. Diomaye avait le fauteuil, Sonko gardait le parti, la base militante et l’aura du combat. Dans les meetings, dans les quartiers populaires, dans la jeunesse connectée, c’est souvent le nom de Sonko qui mobilisait le plus fort. Le président gouvernait, mais le chef politique du Pastef restait l’homme qui avait rendu cette alternance possible.

Le Pastef, arme parlementaire de Sonko

Le vrai tournant est venu des législatives de 2024. Le Pastef a obtenu 130 sièges sur 165 à l’Assemblée nationale, une domination écrasante qui a changé l’équilibre du pouvoir. Cette majorité ne donne pas seulement au parti les moyens de voter les lois. Elle offre à Sonko une base institutionnelle capable de peser face à la présidence.

C’est sur cette force qu’il compte aujourd’hui. En devenant président de l’Assemblée nationale après son limogeage, Sonko a déplacé le combat. Il n’est plus dans l’exécutif, mais il contrôle désormais le cœur du jeu parlementaire. Il peut ralentir, orienter ou durcir le contrôle de l’action gouvernementale. Pour Bassirou Diomaye Faye, le risque est clair : avoir un président de l’Assemblée plus populaire que plusieurs membres du gouvernement, et surtout plus enraciné dans la majorité.

La bataille dépasse les personnes. Elle oppose deux lectures du pouvoir. Diomaye semble vouloir reprendre la main présidentielle, choisir son Premier ministre, rassurer les partenaires économiques et stabiliser l’État. Sonko, lui, veut rappeler que le mandat appartient d’abord au projet porté par le Pastef, et non à un homme seul. La crise autour du FMI, de la dette et des réformes économiques a aggravé ces divergences.

Sonko gagne du terrain parce qu’il reste dans le peuple

La force d’Ousmane Sonko tient à une chose : même affaibli institutionnellement, il conserve une puissance politique rare. Son départ du gouvernement peut même renforcer son image auprès d’une partie de l’opinion. Il peut désormais se présenter comme celui qui refuse les compromis, celui qui surveille le pouvoir, celui qui protège la promesse de rupture.

Lire aussi : Décès de l’honorable Abi Koffi Richmond : le PDCI-RDA annonce un hommage officiel

En annonçant que le Pastef ne participera pas au prochain gouvernement faute de consensus avec Bassirou Diomaye Faye, Sonko pousse la logique jusqu’au bout. Il force le président à gouverner avec une majorité parlementaire qui ne lui est plus automatiquement acquise. C’est une stratégie risquée, mais redoutable : rester au centre du jeu sans porter directement le poids de l’impopularité gouvernementale.

Au fond, le duel Diomaye-Sonko pose une question simple : qui détient réellement le pouvoir au Sénégal ? Celui qui a été élu président de la République, ou celui qui tient le parti, l’Assemblée et une grande partie de la rue politique ? Le Sénégal n’est pas encore dans une rupture institutionnelle, mais il entre dans une séquence dangereuse. Car lorsque deux légitimités issues du même camp commencent à se regarder en adversaires, c’est tout le pouvoir qui devient instable.

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