Un groupuscule de militaires annonce la destitution du président
Les événements se sont déroulés à l’aube. Conduits par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, des soldats se sont emparés de la télévision nationale où ils ont proclamé la fin du mandat de Patrice Talon. L’officier a annoncé la création d’un « Comité militaire pour la refondation », prétendant prendre la tête du pays. Parallèlement, la résidence du chef de l’État, située dans le quartier Le Guézo à Cotonou, a été la cible d’une attaque.
Ces déclarations ont créé une forte confusion dans la capitale béninoise, d’autant que des tirs ont été entendus dans plusieurs quartiers selon des témoins joints par l’AFP. Malgré cette agitation, l’entourage du président Talon a rapidement assuré que Patrice Talon n’était ni blessé, ni capturé, affirmant qu’il se trouvait dans un lieu sûr.
Le gouvernement annonce un “échec” de la tentative de putsch
Face à la propagation des rumeurs, le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, est intervenu sur la télévision nationale pour rétablir la version officielle des faits. Il a évoqué une simple mutinerie menée par un petit groupe de militaires, précisant que la hiérarchie militaire avait pris le contrôle de la situation.
Selon lui, les Forces armées béninoises ont rapidement neutralisé les mutins et sécurisé les institutions. Le ministre a appelé les populations à reprendre leurs activités quotidiennes sans inquiétude, affirmant que l’ordre républicain avait été préservé.
Romuald Wadagni affirme que le calme revient dans la capitale
Joint par Jeune Afrique, le ministre des Finances Romuald Wadagni, désigné comme candidat de la mouvance présidentielle pour l’élection d’avril 2025, a confirmé la reprise en main de la situation. Il a indiqué que les mutins étaient retranchés et que les opérations de sécurisation se poursuivaient.
Au cours de la matinée, plusieurs hélicoptères ont survolé Cotonou tandis que les forces de sécurité bouclaient les rues du centre-ville. Cette présence accrue de l’armée visait à empêcher toute nouvelle tentative d’avancée des insurgés et à rassurer la population.

Une nouvelle secousse dans un continent marqué par les putschs
Cette tentative de coup d’État s’inscrit dans une dynamique inquiétante qui secoue l’Afrique depuis plusieurs années. Le continent a été traversé par une succession de renversements militaires, du Mali au Burkina Faso, en passant par la Guinée, le Niger ou le Gabon. L’année 2025, déjà marquée par des événements similaires à Madagascar et en Guinée-Bissau, confirme la persistance de cette instabilité politique.
Le Bénin, longtemps considéré comme un modèle de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, fait ainsi face à un phénomène régional qui touche désormais même les États jusque-là réputés solides. Le passage de relais prévu en avril, avec la candidature de Romuald Wadagni désigné par la coalition au pouvoir, pourrait expliquer en partie les tensions internes au sein de l’armée.
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Un coup manqué aux motivations encore floues
La tentative de déstabilisation menée par le lieutenant-colonel Pascal Tigri soulève de nombreuses interrogations. Le profil de l’officier, peu connu du grand public, et la faible ampleur du mouvement laissent penser à une initiative isolée plutôt qu’à une contestation profonde au sein de l’armée béninoise. Toutefois, cet épisode révèle un climat politique plus fragile qu’il n’y paraît, au moment où le pays s’approche d’une transition électorale décisive.
Pour les autorités, l’enjeu dorénavant est de rassurer la population et de démontrer que l’appareil sécuritaire reste solide. Pour l’opposition, cet épisode pose la question de la gouvernance du pays et de la sérénité du processus électoral à venir. Le Bénin, qui doit organiser une présidentielle en avril 2025, entre dans une période où chaque mouvement de tension pourrait avoir des répercussions politiques majeures.
Avec Europe24.fr
