Une finale gravée dans la douleur
Assis face au micro, le visage calme mais la voix chargée d’émotion, Yaya ne cache rien : « Cette finale… c’était un tournoi étrange. Peu de gens savent vraiment ce qui s’est passé. » La CAN 2012 avait pourtant débuté sous les meilleurs auspices : une équipe soudée, aucun but encaissé, un collectif au sommet de son talent. Jusqu’à cette finale cruelle, perdue aux tirs au but contre la Zambie d’Hervé Renard.
La genèse d’un choix décisif
Yaya raconte comment il s’est battu pour François Zahoui : « On ne voulait pas d’un grand entraîneur européen. Nous voulions un coach ivoirien, humain, proche de nous. J’étais en première ligne. »
Il évoque son rôle pour convaincre Didier Drogba, Kolo Touré et Salomon Kalou, et sa démarche auprès du président Sidy Diallo : « Ce n’est pas la capacité qui compte, ce sont les joueurs. Faites-moi confiance. »
Une confiance brisée
Malgré les critiques des journalistes, l’équipe réalise une campagne presque parfaite. « On voyait les journalistes le détruire. Nous, on faisait bloc derrière lui », se souvient Yaya.
Mais la confiance est fragile. Lors de la demi-finale, un journaliste provoque Zahoui : « Coach, est-ce vraiment vous qui dirigez l’équipe ? » La réaction est explosive : « C’est moi qui fais ces joueurs ! »
Le coup de grâce
Le soir du 12 février 2012, tout bascule. Yaya Touré est remplacé à la 90ᵉ minute. « Comment peux-tu sortir tes meilleurs tireurs alors qu’on va aux penalties ? Yaya Touré, Salomon Kalou… Ça n’a aucun sens. »
Il insiste : il voulait tirer. « À City, je ratais presque jamais une pénalité. Et tu fais entrer des jeunes qui n’ont jamais tiré à ce niveau… Tu mets une pression énorme sur eux. »

Une blessure qui ne guérit pas
« Ça, je ne l’ai jamais pardonné. Ou presque jamais. Ça m’a fait tellement mal », confie-t-il, la voix brisée lorsqu’il évoque la fin du match lors de la CAN. « Les gens m’ont vu pleurer au stade. Je pleurais parce que ce trophée… il était à nous. »
Il balaie les rumeurs de superstitions : « Ces histoires de morts en Zambie… Moi je ne connais pas ça. Ce trophée était à nous. »
La trahison de la confiance
Ce qui reste encore amer pour Yaya, treize ans après, c’est la rupture de confiance avec Zahoui : « Ce monsieur était coach grâce à nous. Je me suis battu pour lui. Et après, parce qu’un journaliste est entré dans sa tête, il perd la tête. »
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Un mélange de déception, de regret et de fierté blessée : « Je suis resté zen. J’ai tout gardé pour moi. Mais à l’intérieur… j’avais tellement mal. »
La revanche de 2015
En 2015, Yaya remporte enfin sa première CAN, après deux finales perdues, et remet le trophée au président Alassane Ouattara en tant que capitaine.
Mais treize ans plus tard, l’ancienne légende du football africain révèle une vérité longtemps tue : la CAN 2012 n’était pas qu’une défaite sportive. C’était une blessure humaine, une rupture émotionnelle, un chapitre qu’il n’a jamais vraiment refermé.
Avec Europe24.fr
