Pour un pays qui a investi massivement dans ses infrastructures sportives et qui revendique une expertise organisationnelle reconnue, ce contraste entre la qualité des stades et l’absence du public à la CAN pose question.
Une CAN pensée comme vitrine, fragilisée par l’image des tribunes vides
La Coupe d’Afrique des Nations dépasse largement le cadre sportif. Elle représente une vitrine politique, économique et médiatique pour le pays hôte. À travers elle, le Maroc entend démontrer sa capacité à accueillir de grands événements internationaux et à s’imposer comme une place forte du football africain.
Or, à la télévision comme sur les réseaux sociaux, les images de stades peu garnis brouillent ce message. Un stade vide renvoie inévitablement l’idée d’un désintérêt populaire, voire d’un décalage entre l’événement et son public naturel. Une perception d’autant plus dommageable que la CAN repose aussi sur l’émotion, le bruit, la couleur et la communion entre supporters.
Programmation et accessibilité : des choix qui pèsent lourd
Plusieurs éléments expliquent cette faible affluence. Le premier concerne les horaires. Programmer des matchs en plein après-midi, en semaine, limite fortement la présence du public local. Entre obligations professionnelles, scolaires et contraintes de déplacement, une grande partie des supporters potentiels se retrouve exclue de fait.
La question de la billetterie constitue un autre frein. Le système entièrement numérisé, combiné à l’obligation d’un identifiant spécifique pour accéder aux stades, a compliqué le parcours de nombreux supporters. Si cette organisation vise à renforcer la sécurité et la gestion des flux, elle a aussi créé une distance avec une frange du public moins familière des outils numériques.

À cela s’ajoute le coût global de l’expérience. Même lorsque les billets sont affichés à des prix jugés accessibles, les dépenses annexes – transport, restauration, temps consacré – finissent par décourager, surtout pour des affiches qui ne suscitent pas un fort attachement émotionnel local.
Une mobilisation populaire encore inachevée
Au-delà des aspects logistiques, la question est aussi celle de l’adhésion. Une CAN réussie repose sur une mobilisation populaire large, y compris pour les matchs ne concernant pas l’équipe hôte. Or, cette dynamique ne s’improvise pas. Elle nécessite une animation continue autour des stades, une communication de proximité et une véritable intégration des populations locales dans l’événement.
Dans un contexte social et économique parfois tendu, l’enthousiasme pour une compétition perçue comme institutionnelle ou lointaine peut s’éroder. Le football reste populaire, mais la CAN ne devient une fête que si elle est ressentie comme telle par le plus grand nombre.
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Un test grandeur nature pour la crédibilité de l’organisation
Le Maroc dispose encore de marges de manœuvre pour inverser la tendance. Des ajustements sur les horaires, une simplification de l’accès aux stades, une politique de remplissage plus offensive et une animation renforcée autour des matchs pourraient redonner de la voix aux tribunes dans les jours à venir.
Mais le signal envoyé lors des premières journées est clair : des infrastructures modernes ne suffisent pas à garantir le succès populaire d’une compétition. Pour la CAN 2025, l’enjeu dépasse les résultats sportifs. Il s’agit désormais de recréer un lien fort entre le tournoi et son public. Sans cela, la plus grande fête du football africain risque de perdre une partie de son âme.
Avec Europe24.fr
