Par définition, une dette publique est un engagement officiel : conventions, signatures, circuits bancaires, procédures administratives… Pourtant, dans plusieurs pays, certaines dettes échappent aux chiffres officiels. Au Sénégal, trois mécanismes sont régulièrement évoqués :
Trois mécanismes de dissimulation
1. Les entreprises publiques empruntent à la place de l’État
Des sociétés comme Senelec, Petrosen ou l’AIBD contractent parfois des prêts pour financer des infrastructures. Quand elles ne peuvent plus rembourser, l’État prend le relais. Ces dettes deviennent publiques mais restent invisibles dans le budget pendant plusieurs années, créant des charges additionnelles pour les gouvernements suivants.
2. Les paiements différés
Certains projets sont financés sur le principe du « construis maintenant, paye plus tard ». L’engagement réel n’apparaît pas immédiatement dans les comptes nationaux. À court terme, les chiffres semblent maîtrisés, mais les obligations financières futures sont lourdes.
3. Les factures impayées accumulées
L’État peut retarder le paiement de fournisseurs ou de prestataires. Chaque retard entraîne pénalités, intérêts ou compensations. Si ces charges ne sont pas documentées, la dette semble faible alors que la situation financière se dégrade en silence.
L’ampleur de la situation
Selon des rapports préliminaires, les nouvelles équipes gouvernementales ont trouvé :
- Des dettes internes non réglées ;
- Des entreprises publiques fortement endettées ;
- Des engagements financiers étalés sur plusieurs années ;
- Des compensations impayées de plusieurs dizaines de milliards.
Au total, la charge non recensée pourrait atteindre des milliers de milliards de francs CFA. Conséquences : ralentissement des projets, prudence accrue des créanciers et renforcement des conditions imposées par les bailleurs internationaux.

La transparence, un impératif pour le gouvernement
Le gouvernement actuel considère la publication de ces informations comme essentielle pour éviter un risque de crédibilité vis-à-vis du FMI et des bailleurs. Selon lui, révéler les engagements réels envoie un signal clair : « Nous jouons franc jeu et repartons sur de nouvelles bases. » La transparence permet aussi d’expliquer les difficultés économiques récentes et d’attribuer les causes à la gestion précédente.
Macky Sall réagit
L’ancien président s’étonne de l’idée qu’une dette extérieure puisse disparaître : « Elle passe par la BCEAO, la Cour suprême, les institutions de contrôle et les bailleurs eux-mêmes », affirme-t-il. Pour lui, les financements ont servi à transformer le pays : infrastructures, électrification, transport, modernisation urbaine. Il demande la publication de documents précis pour que le débat puisse être crédible.
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Un contexte régional en recomposition
La controverse intervient alors que la sous-région est en pleine recomposition : montée des régimes militaires au Sahel, création de l’Alliance des États du Sahel (AES) et reconfiguration du rôle de la CEDEAO. Macky Sall appelle à préserver les échanges économiques et sécuritaires malgré les tensions politiques pour ne pas pénaliser les populations.
Les enjeux dépassent la technique
La dette cachée affecte la confiance des bailleurs, la capacité de l’État à soutenir les entreprises, la stabilité sociale et les relations régionales. Pour les experts, restaurer une transparence totale est crucial pour rassurer les partenaires financiers. Sinon, le coût de l’endettement pourrait grimper et ralentir durablement les investissements.
