S’il est un sujet sur lequel il ne faut jamais tergiverser, c’est celui de la colonisation. La domination brutale d’un peuple reste l’une des plus grandes tragédies de l’histoire. Mais au-delà de la douleur, une question se pose : comment restituer la mémoire et les symboles historiques sans ambiguïté ?
Le Djidji Ayôkwé, tambour sacré et politique du peuple Atchan (Ébrié), saisi par l’administration coloniale française en 1916, est l’un de ces symboles. Conservé en France pendant plus de 110 ans, il revient aujourd’hui en Côte d’Ivoire après une restauration minutieuse.
𝐔𝐧 𝐜𝐨𝐦𝐛𝐚𝐭 𝐝𝐞 𝐝𝐞́𝐜𝐨𝐥𝐨𝐧𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐦𝐚𝐭𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞
La demande de restitution du Djidji Ayôkwé remonte à l’indépendance de la Côte d’Ivoire, mais le processus s’est accéléré après le rapport de l’économiste sénégalais Felwine Sarr en 2018. Avant son retour, le tambour a nécessité une restauration, car le temps et le stockage dans des conditions inadéquates au musée du Trocadéro puis au Musée du quai Branly – Jacques Chirac avaient fragilisé le bois. Les spécialistes français ont travaillé en collaboration avec les Ébriés, gardiens de la mémoire, pour restituer l’objet dans son état le plus fidèle.
Certains ont suggéré qu’il pourrait s’agir d’une copie. Mais la mise en scène officielle de la restitution, sous les projecteurs internationaux, rend cette hypothèse improbable. Aucun intérêt pour la France à orchestrer une cérémonie pour remettre un faux objet.
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𝐋𝐚 𝐦𝐞́𝐦𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐦𝐢𝐬𝐞 𝐚𝐮 𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐜
Le Djidji Ayôkwé sera exposé au Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire à Abidjan, sans usage rituel, mais pour permettre à tous de voir et comprendre sa signification historique. La véritable question aujourd’hui est celle de la fréquentation et de la valorisation. À quoi bon restituer nos trésors si nous ne les faisons pas connaître aux jeunes générations ?
La restitution est une victoire symbolique, mais elle ne prend tout son sens que si elle devient un outil de transmission et d’éducation. La mémoire du Djidji Ayôkwé doit inspirer les nouvelles générations à bâtir l’avenir du pays tout en honorant ceux qui se sont battus pour la liberté.

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