La désignation du président ivoirien Alassane Ouattara par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour conduire le processus de création de la monnaie unique ECO d’ici à 2027 continue de susciter des réactions. Dans une tribune publiée le 24 juillet, l’ancien ministre Ahoua Don Mello estime que cette mission place le chef de l’État ivoirien face à une responsabilité historique, tout en renouvelant ses critiques contre le rôle de la France dans le dossier monétaire ouest-africain.
Ahoua Don Mello dénonce l’influence persistante de la France
Revenant sur le sommet des chefs d’État de la CEDEAO tenu le 19 juillet 2026 à Freetown, Ahoua Don Mello souligne que la décision de confier à Alassane Ouattara la coordination du lancement de l’ECO constitue un tournant. « En confiant à Alassane Ouattara la conduite des opérations de la création de la monnaie unique d’ici 2027, les Chefs d’État de l’Afrique de l’Ouest mettent le Président ivoirien devant ses responsabilités », écrit-il.
Selon l’ancien directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD), les principaux obstacles à la mise en place de la monnaie unique ne sont pas uniquement liés aux difficultés économiques des États membres. Il estime que les accords monétaires entre les pays de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) et la France continuent de freiner l’avènement d’une monnaie pleinement souveraine.
Dans sa tribune, il revient également sur le sommet d’Abuja du 29 juin 2019, qu’il considère comme un moment décisif devant consacrer la disparition de la garantie française et du régime de change fixe entre l’euro et le franc CFA. À ses yeux, « l’intervention vigoureuse de la France auprès de la Côte d’Ivoire » aurait toutefois conduit à privilégier un « ECO-CFA » au détriment d’un « ECO souverain », évoquant même « le coup de marteau de Macron contre l’ECO souverain ».
Ces accusations sont contestées par Paris. Les autorités françaises rappellent que la réforme annoncée en 2019 a mis fin au dépôt d’une partie des réserves de change au Trésor français, entraîné le retrait des représentants français des instances de gouvernance de la BCEAO et laissé aux États ouest-africains la responsabilité politique du projet. En revanche, la garantie de convertibilité et l’arrimage fixe à l’euro demeurent en vigueur, un dispositif présenté par la France comme un facteur de stabilité, mais que ses détracteurs considèrent comme le symbole d’une influence toujours présente.
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Le débat sur le franc CFA relancé par le projet ECO
Au-delà des divergences sur le rôle de la France, la question du franc CFA continue d’alimenter un vif débat en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Utilisée par quatorze pays, cette monnaie est saluée par ses défenseurs pour sa stabilité et la maîtrise de l’inflation, tandis que ses opposants dénoncent une perte de souveraineté monétaire et un système susceptible de freiner la compétitivité des économies africaines.
Pour Ahoua Don Mello, la réussite de l’ECO dépend avant tout d’une volonté politique forte des États membres de la CEDEAO. Il appelle au respect des critères de convergence économique, à une meilleure maîtrise des ressources aurifères régionales et à la constitution de réserves communes destinées à soutenir la future monnaie.
Fidèle à son approche souverainiste, Ahoua Don Mello, affirme que « le franc CFA est l’arme du crime » et estime que l’ECO ne pourra véritablement s’imposer qu’à travers « un ambitieux projet politique » consacré à l’intégration économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest.
