Cette interrogation n’est ni provocatrice ni subversive. Elle est citoyenne, institutionnelle et profondément démocratique. Car lorsque le Parlement renonce à exercer son contrôle, le pouvoir gouverne sans garde-fou et la démocratie devient une façade.
Un rôle constitutionnel dévoyé
Dans une république équilibrée, le pouvoir législatif n’est pas un simple relais de l’exécutif. Il est le contrepoids, le régulateur, le gardien vigilant des intérêts du peuple.
Le député n’est pas élu pour applaudir ou obéir aveuglément. Il est élu pour questionner, amender, refuser et, si nécessaire, censurer. Pourtant, depuis des décennies, le Parlement ivoirien accompagne docilement le gouvernement, qu’il s’agisse de décisions justes ou contestables. Cette situation fragilise la démocratie et interroge sur le sens du mandat parlementaire.
Élire pour servir ou pour se servir ?
Dans l’esprit constitutionnel, un député doit porter la voix du peuple et défendre ses intérêts, même contre son propre camp politique.
Mais dans la pratique, son rôle se limite souvent à :
- préserver ses avantages matériels et symboliques ;
- soutenir sans réserve la ligne gouvernementale ;
- valider des projets de loi et budgets élaborés ailleurs.
Un Parlement qui n’ose jamais dire non cesse de représenter le peuple. Il devient une chambre d’enregistrement du pouvoir.
Le contre-pouvoir : une culture quasi absente
Dans les démocraties mûres, le député est une source de vigilance permanente pour l’exécutif. Chaque projet de loi est discuté, amendé, parfois rejeté. La tension est permanente.
En France, par exemple, des députés comme Mathilde Panot ont utilisé les motions de censure pour rappeler aux gouvernements leurs limites. En Côte d’Ivoire, les ministres présentent leurs projets avec l’assurance d’une adoption quasi automatique. Les budgets sont votés à l’unanimité, sans débat sérieux.
Un Parlement déconnecté du peuple
La distance entre élus et électeurs est un problème majeur. Dans de nombreuses circonscriptions, les populations ignorent le visage et l’action de leur député. Après l’élection, l’élu disparaît, ne revenant que pour solliciter un nouveau mandat.
Cette absence explique la défiance populaire. Comment représenter le peuple quand on ne partage ni ses difficultés, ni ses colères, ni ses espoirs ?

Immunité parlementaire : théorie ou réalité ?
L’indépendance d’un député repose aussi sur l’immunité parlementaire, qui protège la liberté d’expression et d’action.
En Côte d’Ivoire, cette protection semble symbolique : des députés sont poursuivis et incarcérés sans réaction de l’Assemblée. Un Parlement qui ne se respecte pas ne peut pas être respecté.
Députés : le choix historique du 27 décembre
Les élections législatives de 2025 ne doivent pas être une simple formalité. Le pays a besoin de députés courageux, conscients de leur rôle historique.
Un député digne de ce nom ne cherche pas à plaire à l’exécutif. Il cherche à servir le peuple, sait dire non, accepte l’impopularité quand l’intérêt général l’exige et privilégie la vérité au confort politique.
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Une question cruciale pour les électeurs
Le 27 décembre, chaque Ivoirien doit se demander : voulons-nous des députés pour accompagner le pouvoir ou pour le contrôler ?
Sans un Parlement fort et indépendant :
- aucune réforme n’est durable ;
- aucune justice n’est crédible ;
- aucune démocratie n’est vivante.
Un Parlement debout fait un État fort.
Un Parlement soumis fabrique un pouvoir sans limite.
L’histoire retiendra ceux qui ont choisi de représenter le peuple. Elle oubliera ceux qui ont choisi d’obéir.
Par Bahi Bernard Junior
Enseignant, syndicaliste, chroniqueur et citoyen engagé
Avec Europe24.fr
