À 101 ans, Nanan Akomian Akandan, patriarche, chef de terre et gardien des us et coutumes d’Elokaté, dans le district d’Abidjan, lance un ultime appel au Président de la République, Alassane Ouattara. Dans un entretien accordé à KOACI, le doyen dénonce la perte progressive des terres ancestrales de son village au profit de Palmafrique et sollicite une intervention du chef de l’État pour préserver le patrimoine foncier de sa communauté.
Affaibli par le poids de l’âge, mais déterminé à défendre ce qu’il présente comme son dernier combat, le chef coutumier affirme vouloir transmettre aux plus hautes autorités le cri d’alarme de son peuple avant la fin de sa vie.
« Je sens mes forces m’abandonner. Si aujourd’hui je vous ai fait venir, c’est parce que je veux que le Président de la République entende notre cri avant que Dieu ne me rappelle », confie-t-il.
Litige foncier à Elokaté : un héritage foncier au cœur d’un conflit ancien
Au cours de son intervention, Nanan Akomian Akandan rappelle que, dans la tradition ébrié, la terre constitue un héritage sacré qui ne saurait être assimilé à un simple bien marchand.
« Une terre ne se vend pas. La terre est l’âme d’un peuple. Celui qui vend sa terre se vend lui-même », affirme-t-il.
Se présentant comme le dernier survivant de sa génération, autrefois composée de près d’un millier de personnes, il explique être devenu, selon la coutume, le dépositaire des terres ancestrales et le garant de la légitimité des décisions relatives au foncier et à la chefferie.
Le patriarche retrace l’origine du différend aux années 1960. Selon lui, les terres d’Elokaté avaient été mises à la disposition de l’État dans le cadre du développement de la filière palmier à huile sous l’impulsion du Président Félix Houphouët-Boigny. Un accord verbal aurait alors prévu que les plantations, les infrastructures et les terres soient restituées au village après une période d’exploitation de trente ans.
Il reconnaît toutefois que cet engagement n’a jamais fait l’objet d’un contrat écrit. Avec la privatisation de la société publique de palmier à huile, Palmafrique aurait poursuivi l’exploitation sans que la rétrocession promise n’intervienne.
Selon les autorités coutumières, le litige concerne plus de 1 260 hectares appartenant au village, intégrés dans un domaine de plus de 2 000 hectares exploité par l’entreprise. Les villageois disent également avoir découvert des démarches administratives susceptibles d’ouvrir la voie à des projets immobiliers sur ces parcelles, une perspective qu’ils considèrent comme une menace pour leur patrimoine foncier.
Ils assurent avoir multiplié les recours auprès des autorités administratives et judiciaires au fil des années. Le patriarche évoque plusieurs procédures ainsi que des plaintes déposées par les représentants du village, regrettant que leurs revendications n’aient, selon lui, jamais été pleinement prises en compte.
Les responsables d’Elokaté indiquent également avoir engagé, entre 2021 et 2022, des démarches visant à faire reconnaître leurs droits fonciers coutumiers, notamment à travers une convention conclue avec un opérateur chargé de sécuriser les terres et d’obtenir les actes administratifs nécessaires. Ils estiment que ces initiatives ont ensuite été compromises par des décisions autorisant Palmafrique à poursuivre ses projets sur les mêmes parcelles.
Palmafrique conteste les accusations et évoque un dossier déjà suivi
Face à ce qu’il qualifie de menace existentielle pour son village, Nanan Akomian Akandan appelle le Président Alassane Ouattara à intervenir personnellement afin qu’une solution soit trouvée avant que les générations futures ne soient privées de leur patrimoine foncier.
« Nous sommes des citoyens ivoiriens. Nous demandons simplement que nos terres nous soient rétrocédées afin que nous puissions les gérer pour le bien de nos enfants et du pays », plaide-t-il, tout en invitant les autorités administratives à examiner le dossier avec impartialité.
Jointe par téléphone par KOACI, la Direction de la communication de Palmafrique relativise toutefois cette nouvelle sortie médiatique. L’entreprise affirme qu’il s’agit d’un contentieux ancien déjà porté à la connaissance des autorités administratives et politiques.
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Selon Palmafrique, les discussions se poursuivent avec le chef de village intérimaire et non avec Nanan Akomian Akandan, dont elle conteste la qualité pour représenter officiellement la communauté.
« C’est un vieux dossier. Les populations ont déjà saisi le Président de la République. Les autorités administratives sont informées. Le sous-préfet, le maire et tous les services concernés connaissent cette affaire », indique la Direction de la communication.
L’entreprise affirme par ailleurs que ses équipes ont, à plusieurs reprises, été empêchées de travailler sur le terrain par certains habitants.
Ce nouvel épisode met une nouvelle fois en lumière un différend foncier qui oppose depuis plusieurs années une partie de la communauté d’Elokaté à Palmafrique. Entre revendications coutumières, enjeux fonciers et développement urbain, le dossier demeure en attente d’une issue susceptible de satisfaire les différentes parties.
