Un nouveau développement majeur vient d’intervenir dans le dossier sensible de l’orpaillage clandestin qui agite depuis plusieurs années la zone de Guessabo, dans le département de Zoukougbeu. Après l’interpellation de Daouda, alias « Le Gros », les forces de sécurité ont procédé à l’arrestation de son principal collaborateur présumé, Gautier, le vendredi 24 avril 2026 à Zaïbo, dans le Haut-Sassandra.
L’opération a été menée par les éléments de l’escadron 1/2 de la gendarmerie mobile de Daloa, avant le transfèrement du suspect à Abidjan pour la suite des investigations. Cette interpellation constitue une avancée significative dans une affaire suivie de près par les autorités depuis 2023, date à laquelle les deux hommes étaient activement recherchés pour leur implication présumée dans l’exploitation illégale de plusieurs sites aurifères de la région.
Pour mémoire, Daouda dit « Le Gros » avait été arrêté le 21 octobre 2025 puis placé sous la responsabilité du pôle économique et financier d’Abidjan. Il est poursuivi pour prospection, recherches, exploitation et commercialisation illégales de pierres et métaux précieux. Depuis cette date, Gautier apparaissait comme le dernier acteur majeur du réseau encore en cavale.
Selon plusieurs sources concordantes, ce dernier aurait continué à superviser les sites clandestins attribués à Daouda malgré l’arrestation de son présumé chef, assurant ainsi la poursuite des activités frauduleuses et l’alimentation financière du réseau. Les deux hommes sont par ailleurs cités dans une affaire de décès survenue sur un site d’exploitation illégale à Nissoko, dans la sous-préfecture de Zaïbo.
Orpaillage clandestin à Guessabo : populations soulagées, témoignages accablants et enquête relancée
Dans les villages concernés, l’annonce de cette nouvelle arrestation suscite un profond soulagement. De nombreux riverains, confrontés depuis des années aux conséquences environnementales et sécuritaires de l’orpaillage clandestin, espèrent désormais un retour progressif à la sérénité.
« Ils ont détruit nos plantations et promis de nous dédommager. Jusqu’à présent, rien n’a été fait », confie un habitant de la sous-préfecture de Grégbeu, dénonçant les pertes subies par plusieurs familles dont les terres agricoles ont été dégradées.
À Zoukougbeu et Guessabo, les témoignages convergent pour présenter Daouda dit « Le Gros » comme l’une des figures les plus connues de l’orpaillage clandestin dans le département. Un proche de l’intéressé, prenant ses distances avec les accusations formulées par ce dernier contre certains éléments des forces de l’ordre, affirme : « Ici, il disait lui-même qu’il avait ses entrées dans certains milieux. Aujourd’hui, il accuse des gendarmes sans que personne ne comprenne pourquoi. »
Le même témoin soutient que l’implication de Daouda dans ce milieu remonterait à plusieurs années : « Depuis 2014, tout le monde sait qu’il fait de l’orpaillage dans le département de Zoukougbeu. C’est grâce à cela qu’il a construit son maquis à Guessabo. »
D’autres habitants décrivent un climat de peur entretenu autour des sites clandestins. Certains évoquent l’existence d’un groupe violent chargé d’intimider ou d’attaquer les acheteurs d’or opérant dans la zone.
Selon des sources proches du dossier, les déclarations de Daouda mettant en cause certains responsables de la gendarmerie sont jugées peu crédibles par les enquêteurs. Le Commandant Traoré, cité dans ces accusations, ne se reconnaîtrait nullement dans les faits évoqués.
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Toujours selon ces mêmes sources, dès sa prise de fonction à Daloa, cet officier aurait engagé une série d’actions visant à démanteler les réseaux d’exploitation illégale dans le Haut-Sassandra. Daouda aurait d’abord tenté de se rapprocher de lui en proposant de collaborer à l’identification des sites frauduleux, avant que les investigations ne le désignent lui-même comme l’un des principaux commanditaires de ces activités. Convoqué par les enquêteurs, il aurait choisi de prendre la fuite vers Soubré, laissant ses hommes poursuivre les opérations sur le terrain.
Avec l’arrestation de Gautier, les enquêteurs disposent désormais d’un levier supplémentaire pour remonter l’ensemble de la chaîne de commandement de ce réseau clandestin. Dans les localités affectées, les populations nourrissent l’espoir que cette nouvelle avancée permettra enfin de faire toute la lumière sur un système qui a longtemps prospéré au détriment des terres agricoles, de la sécurité et de la tranquillité des habitants.
