Emmanuel Macron assume le tournant engagé depuis Ouagadougou
Face à des responsables politiques, artistes, intellectuels et acteurs culturels africains réunis à Nairobi, Emmanuel Macron est revenu sur la promesse formulée en novembre 2017 à Ouagadougou, lorsqu’il s’était engagé à créer les conditions du retour d’œuvres africaines acquises dans des contextes coloniaux. Pour le président français, cette démarche part d’un constat simple : une grande partie du patrimoine historique africain se trouvait hors du continent, privant ainsi plusieurs générations d’un accès direct à leur propre mémoire culturelle.
« Le patrimoine culturel, ce qui permet d’écrire l’histoire, ce qui permet à la jeunesse africaine de connaître son histoire et ses racines, n’était pas en Afrique », a déclaré le chef de l’État français au cours de son intervention. Selon lui, cette situation créait une contradiction profonde pour de nombreux jeunes Africains, parfois obligés de se rendre dans des musées européens pour découvrir une partie essentielle de leur héritage historique et artistique.
Emmanuel Macron a réaffirmé que plusieurs œuvres majeures devaient désormais « revenir dans les pays où elles sont nées », notamment lorsqu’elles avaient été « volées » ou « pillées » pendant la colonisation. Il a cité les 26 trésors royaux d’Abomey restitués au Bénin, le retour du tambour parleur en Côte d’Ivoire, le sabre d’El Hadj Omar Tall ou encore les discussions engagées avec Madagascar. Le président français a également rendu hommage au travail des chercheurs Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, auteurs du rapport remis à l’Élysée en 2018 sur la restitution du patrimoine africain, estimant que leurs travaux avaient permis de poser les bases intellectuelles du processus engagé depuis plusieurs années.
Une restitution accompagnée d’une coopération culturelle
Au cours de son intervention, Emmanuel Macron a insisté sur le fait que les restitutions ne pouvaient pas se limiter à de simples retours d’objets patrimoniaux. Selon lui, ce processus doit s’accompagner d’un véritable partenariat culturel entre les pays africains et les institutions occidentales afin d’assurer la conservation, la valorisation et la circulation des œuvres concernées.
« Pas question de renvoyer des œuvres dans des pays où il n’y a pas de conservateurs, de curateurs ou des bonnes conditions pour les recevoir », a-t-il affirmé. Le président français a ainsi défendu le développement de musées, de réseaux de conservateurs et d’institutions culturelles sur le continent africain afin d’accompagner durablement ces restitutions. Pour Emmanuel Macron, l’objectif est de construire une coopération culturelle plus équilibrée entre l’Afrique et l’Europe, loin des anciennes logiques de domination patrimoniale.
Le chef de l’État français a également annoncé que la loi-cadre française sur les restitutions patrimoniales venait d’être promulguée, après un vote adopté « à l’unanimité ». Emmanuel Macron a reconnu que ce sujet avait longtemps provoqué des tensions en France, notamment autour des débats liés à la mémoire coloniale et aux accusations de « repentance ». « Il y avait beaucoup de résistance », a-t-il admis, estimant toutefois que l’évolution récente du débat public français traduisait désormais un changement des mentalités sur cette question sensible.
« Ce n’est que le début d’une aventure »
Emmanuel Macron a toutefois tenu à clarifier sa vision concernant l’avenir des œuvres africaines conservées dans les musées occidentaux. Le président français a expliqué qu’il n’avait jamais souhaité « se débarrasser de tout l’art africain ou de tout l’art du Sud qu’il y a dans les musées du Nord ». Selon lui, certaines œuvres peuvent continuer à être exposées dans de grands musées internationaux lorsqu’elles ont été acquises dans des contextes différents de ceux du pillage colonial.
Le chef de l’État a défendu une approche qu’il qualifie d’« universaliste », fondée à la fois sur le retour des œuvres pillées et sur la poursuite des échanges culturels entre continents. « Il ne peut pas y avoir d’universalisme s’il n’y a pas un retour juste », a-t-il déclaré devant les participants du sommet. Emmanuel Macron a également insisté sur le rôle que ces restitutions peuvent jouer dans la création artistique contemporaine africaine. Il a notamment évoqué le cas du Bénin, où plusieurs artistes contemporains ont réinterprété les trésors d’Abomey restitués dans le cadre de la saison Africa 2020.
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Dans les dernières minutes de son intervention, le président français est revenu sur le scepticisme qui avait entouré son discours de Ouagadougou en 2017. « Beaucoup de jeunes n’y croyaient pas », a-t-il reconnu, expliquant qu’une partie de la jeunesse africaine considérait alors ces annonces comme de simples promesses politiques sans véritable lendemain. Pour Emmanuel Macron, le vote récent de la nouvelle loi-cadre française sur les restitutions marque désormais un tournant historique dans les relations culturelles entre l’Afrique et l’Europe. « Ces œuvres retournent chez elles », a-t-il déclaré avant d’ajouter : « On va continuer. Ce n’est que le début d’une aventure. »

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