« Nous allons faire des choses au Nigeria qu’ils ne vont pas aimer… », écrit Donald Trump, avant d’ordonner à son Department of War de préparer « une possible action rapide, viscérale et implacable ».
Cette escalade verbale soulève de nombreuses questions : comment en est-on arrivé là ? Les chrétiens sont-ils réellement ciblés ? Quelles sont les motivations politiques et stratégiques derrière la sortie de Trump ? Et quelles seraient les conséquences d’une intervention américaine ?
Boko Haram : d’un mouvement religieux local à une insurrection régionale
Le conflit actuel trouve ses racines en juillet 2002, lorsque le prédicateur Mohammed Yusuf fonde une école religieuse à Maiduguri, dans l’État de Borno. Le groupe, initialement centré sur l’enseignement islamique, rejette rapidement l’éducation occidentale, jugée haram — interdite. C’est ainsi que naît le surnom “Boko Haram”.
Après la mort de Yusuf en détention en 2009, le mouvement bascule dans la violence armée sous la direction d’Abubakar Shekau : attaques, attentats suicides, enlèvements. L’épisode le plus marquant reste l’enlèvement de 276 lycéennes à Chibok en avril 2014, un choc mondial qui pousse l’ONU à classer Boko Haram comme organisation terroriste.
Contrairement au récit simpliste d’une persécution ciblée des chrétiens, la majorité des victimes de Boko Haram sont des musulmans eux-mêmes, dans des États du Nord quasi entièrement musulmans, où des dizaines de milliers de civils et imams modérés ont été massacrés.
Un conflit souvent présenté à tort comme religieux
La violence au Nigeria ne se limite pas à Boko Haram. Une autre zone de tension oppose depuis des années :
- Les éleveurs peuls (majoritairement musulmans), poussés vers le sud par l’avancée du désert ;
- Les agriculteurs sédentaires (souvent chrétiens) de la Middle Belt.
À l’origine : rareté des terres, manque d’eau, dégradation écologique et absence de régulation de l’État. Un conflit économique et environnemental souvent réduit à tort à une guerre religieuse.

Pourquoi Trump met-il soudain le Nigeria au centre de sa stratégie ?
Pour le comprendre, il faut se tourner vers les États-Unis.
1. Une manœuvre politique intérieure
Réélu en 2024, Donald Trump doit en partie son retour au pouvoir aux évangéliques américains, qui représentent près d’un quart de la population. La tentative d’assassinat contre lui à Butler en 2024 a encore renforcé sa base conservatrice.
Dénoncer des persécutions de chrétiens à l’étranger lui permet de mobiliser son électorat et de réactiver une rhétorique messianique.
2. Un enjeu énergétique majeur
Le Nigeria est le premier producteur de pétrole d’Afrique. Son delta du Niger attire l’attention de Washington depuis plus de 60 ans.
Dans les années 2000, les États-Unis, inquiets de l’instabilité au Moyen-Orient, ont massivement investi dans le pétrole offshore nigérian, formé des unités locales et renforcé leur présence via AFRICOM.
Contrôler le pétrole nigérian, c’est influencer une partie de l’équilibre énergétique mondial.
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3. Dangote : la donne qui change tout
L’inauguration de la méga‑raffinerie de Dangote, l’une des plus grandes du monde, bouleverse la donne :
- Le Nigeria n’a presque plus besoin d’importer du carburant.
- Il commence à exporter de l’essence… jusqu’aux États-Unis.
- Les grands intermédiaires internationaux sont marginalisés.
Pour Washington, voir l’Afrique devenir énergétiquement autonome constitue une menace géopolitique. Trump choisit alors un angle émotionnel : la religion, un prétexte simple pour mobiliser son électorat… et potentiellement explosif à Abuja.
