Le Pôle Pénal Économique et Financier (PPEF) de Côte d’Ivoire a accueilli cette semaine l’audience du prévenu YF, poursuivi pour détournement de fonds liés aux successions.
Dès le début de l’audience, la présidente du tribunal du pôle a dû tempérer l’élan du procureur de la République. Ce dernier n’a pas mâché ses mots lors de ses réquisitions : « Le prévenu n’a aucun égard pour les personnes décédées. Il trouble le repos des morts. Il tripatouille les documents pour se faire remettre les fonds… l’argent des veufs, des veuves et des orphelins. »
Le procureur du Pôle Pénal Économique et Financier a requis 7 ans de prison ferme, 600 millions FCFA d’amende, ainsi que des peines complémentaires.
Les aveux du prévenu au Pôle
YF a reconnu les faits. « J’ai vu une faille dans le système et j’ai été piégé moi-même », a-t-il déclaré. Il a admis avoir imité la signature de ses supérieurs pour effectuer des paiements, achetant ensuite deux véhicules avec les fonds détournés.
La technique : établir des mémos au nom de commerçants plutôt qu’au nom de bénéficiaires réels, profitant des défaillances des services de contrôle. « Vous n’êtes pas seul dans le circuit », lui a rappelé la présidente, dénonçant la facilité avec laquelle il a contourné la vigilance du département juridique et des opérations.
Le mécanisme du détournement
Lors du décès d’une personne, les héritiers fournissent le certificat de décès, les pièces d’identité et les actes de non-appel. Le prévenu établissait ensuite un mémo pour son supérieur, contournant les trois niveaux de contrôle internes.
Il a admis avoir fait un chèque d’un milliard FCFA validé sans vérification et avoir augmenté la commission bancaire de 2,2 % à 5 % sans que ses supérieurs s’en aperçoivent. Au total, il a détourné 227 millions FCFA, dont 120 millions FCFA utilisés pour l’achat de deux voitures.
Un audit post-départ a révélé un trou de 446.430.186 FCFA, que la BACI, partie civile, réclame désormais.
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Plaidoyer pour la clémence
La défense a sollicité la clémence : « Mon client n’est pas un monstre. Il est l’aîné et le seul garçon d’une famille de quatre enfants. Il a assumé ses actes tout au long de l’enquête. Au départ, il voulait aider des personnes qui ne pouvaient pas réunir tous les papiers. Il est tombé dans la tentation », a plaidé l’avocat.
Verdict attendu
La décision du tribunal est attendue le 12 mars 2026. Cette affaire souligne les failles dans le contrôle des fonds de succession et les risques liés aux systèmes financiers en Côte d’Ivoire.
