Adopté par le Parlement, le budget 2026 de la Côte d’Ivoire s’établit à 17 350,2 milliards de FCFA, en hausse de 13 % par rapport à 2025. Si le gouvernement met en avant une dynamique de croissance soutenue, Ahoua Don Mello y voit plutôt un tournant risqué, marqué par un recours massif à l’endettement et un affaiblissement de la sécurité budgétaire.
Une croissance portée par la dette, selon Don Mello
Les recettes budgétaires atteignent 8 728,4 milliards de FCFA, soit 49,1 % du total. Le complément provient d’emprunts estimés à 7 081,5 milliards de FCFA, contractés sur les marchés intérieur et extérieur. Le financement domestique représente désormais 3 430,1 milliards, contre 720,9 milliards pour les emprunts extérieurs.
La dette publique est évaluée à 31 406,9 milliards de FCFA à fin 2024. Le ratio dette/PIB s’établit à 59,5 %, en dessous du plafond de 70 % fixé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Mais l’homme politique, Don Mello alerte sur le poids du service de la dette en 2026 : 1 765,2 milliards de FCFA d’intérêts et 4 916,2 milliards d’amortissement. Ajoutées aux charges salariales de 2 853,5 milliards, ces dépenses représentent 109,2 % des recettes budgétaires. Selon lui, cette configuration expose le pays à une vulnérabilité en cas de choc économique.
Le service de la dette extérieure rapporté aux exportations a dépassé 21 % en 2025, franchissant le seuil d’alerte de 15 %. Une amélioration est attendue en 2026, notamment grâce à l’exploitation du champ pétrolier Baleine, qui devrait renforcer les recettes en devises.
Fiscalité accrue et retrait de l’État
L’analyse met également en avant le désengagement progressif de l’État dans plusieurs secteurs stratégiques, après la privatisation du CIDT et de la SONITRA. Dans l’eau, les télécommunications, l’électricité et le pétrole, la participation publique reste minoritaire. À la Société ivoirienne de raffinage (SIR), la part directe de l’État est tombée à 1,54 %, contre 45,74 % pour PETROCI.
Parallèlement, les recettes non fiscales demeurent faibles, avec 299,4 milliards de FCFA dont 61,8 milliards issus de dividendes. Faute de fonds souverain pour le cacao, l’État mise davantage sur l’impôt. L’annexe fiscale 2026 prévoit notamment une hausse de 18 % des taxes sur les intrants agricoles et industriels, susceptible d’entraîner une augmentation des prix des produits vivriers et de la viande.
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Le secteur immobilier est également concerné, avec un changement de base d’imposition susceptible d’alourdir fortement la charge fiscale des propriétaires, qui pourraient la répercuter sur les loyers.
Pour les PME-PMI, les choix s’annoncent difficiles : augmenter les prix, réduire leurs marges ou cesser leurs activités. Selon Ahoua Don Mello, les ménages modestes et les petites entreprises seront les principales victimes de cette réforme fiscale, dans un contexte où 37,5 % de la population vit encore sous le seuil de pauvreté et où seuls 30 % des diplômés accèdent à un emploi moderne.

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