Le débat sur l’avenir de l’ECO prend une nouvelle tournure en Afrique de l’Ouest. Alors que la CEDEAO maintient son objectif de lancer cette monnaie unique en 2027, Justin Koné Katinan défend une autre méthode.
L’ancien ministre ivoirien du Budget et responsable du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) estime qu’une étape intermédiaire serait nécessaire avant toute adoption d’une monnaie unique.
Dans une déclaration transmise à la rédaction, il propose d’abord la création d’une monnaie commune destinée aux échanges entre les pays membres de la CEDEAO.
Selon lui, cette approche permettrait aux États de mieux préparer leurs économies avant un changement monétaire majeur.
Justin Koné Katinan juge que les conditions actuelles ne sont pas encore réunies pour une monnaie unique. Il pointe plusieurs difficultés économiques, notamment la faible mobilisation des recettes fiscales, le poids du secteur informel, les exonérations fiscales et la fraude.
Il évoque également les limites des administrations chargées de collecter les impôts.
À titre d’exemple, il rappelle que la Côte d’Ivoire vise une pression fiscale de 15,4 % en 2025, avec un objectif de 18 % en 2030. Un chiffre qui reste en dessous du seuil communautaire fixé à 20 %.
L’ancien ministre ajoute que la dette extérieure représente aussi un défi important pour les économies ouest-africaines.
ECO : une monnaie de règlement pour réduire la dépendance au dollar et à l’euro
Pour Justin Koné Katinan, la priorité serait donc de mettre en place une monnaie commune utilisée comme unité de compte dans les échanges régionaux.
Dans ce système, chaque pays conserverait sa propre monnaie nationale. Les transactions entre États seraient simplement enregistrées dans une unité commune avant une compensation entre banques centrales.
Cette méthode permettrait de limiter l’utilisation du dollar et de l’euro dans les échanges commerciaux africains.
L’ancien ministre prend l’exemple du pétrole nigérian acheté par la Société ivoirienne de raffinage (SIR). Aujourd’hui, cette opération est réglée en dollars alors qu’elle concerne deux pays voisins de la même région.
Avec un mécanisme régional de compensation, seuls les soldes finaux nécessiteraient un règlement en devises internationales.
Justin Koné Katinan rappelle que cette logique existe déjà en partie avec le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), lancé en 2022 avec l’appui d’Afreximbank, de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et de l’Union africaine.
Pour lui, cette expérience prouve que l’Afrique de l’Ouest doit d’abord renforcer ses échanges commerciaux et ses infrastructures financières avant de passer à une monnaie unique.
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Il revient également sur le sommet de la CEDEAO du 21 décembre 2019. Ce jour-là, l’ancien président ivoirien Alassane Ouattara avait annoncé à Abidjan, aux côtés d’Emmanuel Macron, la transformation du franc CFA en « ECO », tout en maintenant son lien avec l’euro et la garantie française.
Une décision qui, selon Justin Koné Katinan, a créé des doutes chez plusieurs pays membres.
Il s’interroge aussi sur le choix de confier une nouvelle fois le pilotage du projet à un président ivoirien et sur la date de lancement prévue en 2027.
Pour lui, l’ECO ne doit pas seulement être une question de calendrier.
« L’ECO ne réussira pas parce qu’une date aura été annoncée. Il réussira lorsque les économies qui doivent le porter auront appris à vivre et à affronter les crises ensemble », estime-t-il.
Une vision qu’il résume par une formule attribuée à Laurent Gbagbo : « Allons-y doucement parce que nous sommes pressés. »
