L’audience du vendredi 24 avril 2026 au Pôle Pénal Économique et Financier (PPEF) a pris des airs de leçon de vie pour le prévenu T.A.E. Cet instituteur, en poste depuis 2004, se retrouve au cœur d’une tourmente judiciaire pour enrichissement illicite et blanchiment de capitaux.
Sous contrôle judiciaire depuis janvier 2025, il doit désormais répondre d’une équation mathématique complexe : comment, avec un salaire de fonctionnaire, plus de 229 millions FCFA ont-ils pu transiter sur ses comptes entre 2022 et 2024 ?
L’informel de l’instituteur face à la rigueur de la loi : le piège de l’absence de traces
À la barre, T.A.E. ne nie pas l’existence de ces fonds, mais invoque une vie de « débrouille » et de labeur acharné. Vente de viande, commerce de Koutoukou (liqueur locale), plantations d’hévéa à Bongouanou et Daoukro, ou encore gestion de villas en location : l’enseignant multiplie les casquettes pour améliorer son quotidien. « On peut être instituteur et se battre pour vivre décemment », a-t-il soutenu.
Cependant, le tribunal s’est heurté à un mur : l’absence quasi totale de documents. Pour chaque activité citée, les magistrats ont réclamé des preuves que le prévenu n’a pu fournir sur l’instant. « Pas de narratifs sans documents », a martelé le tribunal. Cette situation souligne une réalité brutale pour de nombreux agents de l’État : exercer dans l’informel expose à des poursuites dès lors que les flux financiers deviennent « atypiques » aux yeux du régulateur bancaire.
L’arithmétique implacable du parquet : un écart de 137 millions à justifier
Le moment fort de l’audience fut l’intervention de la procureure. Calculatrice en main, elle a passé au crible les revenus déclarés par l’instituteur sur la période de 26 mois concernée (mai 2022 à juin 2024) :
- Business de Koutoukou : 15,6 millions FCFA
- Plantations d’hévéa : 39 millions FCFA
- Revenus locatifs : 15 millions FCFA
- Prêt bancaire et salaires : environ 22 millions FCFA
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Le total des revenus « justifiables » s’élève à 92,1 millions FCFA. Une question demeure alors en suspens : d’où proviennent les 137 millions FCFA restants pour atteindre les 229 millions cumulés ? L’accusé a tenté d’expliquer cet écart par des aides familiales et des virements groupés liés à l’achat d’hévéa pour le compte de tiers.
L’affaire a également révélé l’utilisation du code d’un autre opérateur pour ses transactions agricoles, une pratique qui a poussé le tribunal à demander la comparution de ce témoin. La défense, de son côté, plaide la bonne foi en soulignant que les soldes des comptes sont aujourd’hui quasi nuls, prouvant selon elle qu’il ne s’agit que de flux de transit. L’audience a été renvoyée au 15 mai 2026 pour la production des justificatifs.
