« La contestation est un droit, mais elle doit rester constitutionnelle »
Pour Wakili Alafé, la Constitution ivoirienne garantit à l’opposition le droit de contester une décision politique, à condition que cela se fasse dans le respect des procédures légales et administratives.
« L’opposition peut contester telle ou telle réforme, comme elle peut manifester. Ce sont des droits démocratiques fondamentaux », rappelle-t-il.
Toutefois, il estime que la candidature du président Alassane Ouattara à l’élection présidentielle d’octobre 2020 doit être analysée sous plusieurs angles : constitutionnel, idéologique, politique et moral.
Le débat constitutionnel : deux lectures opposées
Sur le plan juridique, l’opposition juge la candidature du chef de l’État illégitime au motif que la Constitution interdit un troisième mandat présidentiel. Mais Wakili Alafé pose une question essentielle :
« De quelle Constitution parle-t-on ? Celle de 2000 ou celle de 2016 ? »
Selon lui, la nouvelle Constitution adoptée par référendum en 2016 a ouvert la IIIᵉ République, remettant les compteurs à zéro. Plusieurs constitutionnalistes estiment ainsi que le président Ouattara brigue un premier mandat sous ce nouveau cadre juridique, sans effet rétroactif.
« Si l’on applique la Constitution de 2000 à Ouattara, il faudrait aussi l’appliquer à Bédié, notamment sur la limite d’âge. On ne peut pas avoir une Constitution à géométrie variable », souligne-t-il.
Une dérive idéologique aux relents identitaires
Sur le terrain idéologique, Wakili Alafé se montre plus critique. Il regrette un mélange entre opposition politique classique et instrumentalisation de la question identitaire.
« Le procès en légitimité fait à Alassane Ouattara n’est pas nouveau. Il a déjà servi à l’écarter des élections de 1995 et 2000. Il est au cœur de la crise ivoirienne », affirme-t-il.
Selon lui, cette approche éloigne le débat des véritables enjeux de gouvernance et ravive de vieilles fractures dangereuses pour la cohésion nationale.
Une opposition attendue sur le terrain des programmes
Politiquement, Wakili Alafé estime qu’une démocratie saine repose sur une opposition forte, porteuse d’un projet alternatif crédible.
« Les Ivoiriens attendent des programmes de gouvernement clairs, surtout dans un contexte marqué par la crise sanitaire et sociale liée à la Covid-19 », insiste-t-il.
S’il reconnaît à l’opposition le droit de mobiliser, il condamne fermement les violences observées lors de certaines manifestations, notamment à Bonoua et Daoukro.
« Les images de commissariats incendiés traduisent un risque réel : celui de voir la rue tomber aux mains de jeunes drogués, de microbes et de contre-microbes », avertit-il.
Il déplore une stratégie qu’il juge proche de l’insurrection et qui pourrait pousser l’État à recourir à la violence légitime pour préserver l’ordre constitutionnel.
Boycott électoral : une stratégie du vide
Concernant l’hypothèse d’un boycott de l’élection présidentielle, Wakili Alafé se montre catégorique :
« La politique de la chaise vide n’a jamais été une bonne politique. »
Selon lui, le refus de participer au processus électoral risque d’installer durablement un climat de confrontation entre un pouvoir décidé à écraser l’opposition et une opposition prête à tout pour chasser le régime.
La question morale de la candidature d’Alassane Ouattara
Sur le plan moral, Wakili Alafé reconnaît que la candidature du président Ouattara peut susciter un débat, celui-ci ayant annoncé par le passé qu’il ne serait pas candidat en 2020.
Mais il rappelle que le chef de l’État avait toujours évoqué l’existence de « circonstances exceptionnelles », parmi lesquelles la disparition d’Amadou Gon Coulibaly et la nécessité de préserver la stabilité du pays.
« En politique, la morale se heurte souvent aux réalités et aux circonstances. Mais rien ne doit sortir du cadre démocratique », estime-t-il.
Arrêter Bédié et Simone Gbagbo : un scénario explosif
À la question de l’éventuelle arrestation de Henri Konan Bédié et de Mme Simone Gbagbo, Wakili Alafé tire la sonnette d’alarme.
« Ce serait une politique du pire, une fuite en avant extrêmement dangereuse », prévient-il.
Rappelant les 3 000 morts de la crise post-électorale de 2010-2011, il appelle à la retenue et au calme.
« La situation n’est pas encore au point de non-retour. Il faut calmer le jeu pendant qu’il est encore temps », plaide-t-il.
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Aller aux urnes pour éviter le chaos
Pour sortir de la crise, Wakili Alafé appelle les deux camps à faire preuve de responsabilité et de concessions.
S’il affirme avoir pris acte de la candidature du président Ouattara, il reconnaît aussi la bonne foi de ceux qui la contestent.
« Aller aux urnes reste le meilleur moyen de trancher, comme au Sénégal en 2012 », soutient-il, estimant que le refus absolu d’y aller constitue un facteur de blocage majeur.
À ses yeux, la confrontation avant l’élection du 31 octobre 2020 comporte trop de risques et laissera des séquelles durables, quel que soit le vainqueur. « Il est encore temps d’agir pour éviter le chaos et le pire », conclut-il.
Avec Europe24.fr
